Ressources humaines · Juillet 2026

Entretiens annuels : mieux préparés, mieux menés, avec l'IA en coulisses.

Un entretien annuel préparé la veille en vingt minutes démotive plus qu'il n'aide. L'IA peut changer la préparation, trame par poste, synthèse de l'année, compte rendu, à une condition non négociable : elle reste en coulisses. Jamais dans l'évaluation, jamais dans la décision.

Stéphane Bacanin Écrit par Stéphane Bacanin
Manager et collaboratrice en entretien individuel autour d'un bureau

L'entretien reste un moment 100 % humain. C'est la préparation, avant et après, que l'IA peut transformer.

La réponse courte

Entretien annuel et IA : la frontière ne bouge jamais entre préparer et évaluer. L'IA peut construire une trame par poste, compiler la synthèse de l'année, reformuler un retour délicat et mettre en forme le compte rendu. Elle ne doit jamais noter, classer ou comparer des salariés, ni peser sur une promotion, une augmentation ou une rupture de contrat : l'annexe III du règlement européen sur l'IA classe ces usages à haut risque, avec obligation d'intervention humaine réelle.

Un entretien annuel préparé la veille au soir, en vingt minutes, avec une trame générique : c'est le scénario le plus fréquent, et le salarié le sent immédiatement. Préparer les entretiens annuels avec l'IA ne change pas la nature de l'exercice, qui reste un jugement humain sur une personne. Cela change ce qui se passe avant et après : la trame, la mémoire de l'année, les formulations, le compte rendu. Cet article détaille la méthode en quatre étapes, le cadre légal qui la borne, et la ligne que 8 Academy refuse de franchir, quel que soit le gain de temps promis.

Le vrai problème : la préparation de l'entretien annuel, pas l'entretien

Prenons un cas de figure précis : une PME de 40 salariés dans le bâtiment, un responsable de chantier avec 7 collaborateurs directs. Fait sérieusement, chaque entretien annuel demande de relire les objectifs fixés un an plus tôt, de retrouver les notes des points individuels, de se remémorer les réalisations et les difficultés de chacun, puis de construire un échange qui ne soit pas identique pour le chef d'équipe et pour l'apprenti. Plusieurs heures par personne, en théorie. En pratique, faute de temps, beaucoup de managers préparent la veille, en vingt minutes, avec une trame générique téléchargée un jour et jamais retouchée depuis.

Le salarié s'en aperçoit tout de suite. Un manager qui redécouvre les objectifs en séance, confond deux dossiers ou recycle les questions de l'an dernier envoie un message clair : ce moment ne compte pas vraiment. C'est l'inverse de l'effet recherché, l'exercice censé reconnaître le travail de l'année devient une source de démotivation, alors même qu'il devrait faire l'inverse.

L'objection qu'on entend le plus : « je n'ai pas le temps de bien faire »

C'est l'objection la plus honnête, et la plus fondée. Le problème n'est pas la bonne volonté du manager, c'est le temps réel disponible face au nombre d'entretiens à mener en quelques semaines, en plus de son activité quotidienne. C'est précisément ce que l'IA peut absorber : pas le jugement sur la personne, mais le travail de collecte, de mise en forme et de reformulation qui précède ce jugement. Le maillon faible de l'entretien annuel n'est pas l'échange en lui-même : c'est tout ce qui se passe avant et après. Et c'est exactement là que se pose la vraie question de l'entretien annuel et de l'IA, pas dans la salle où se tient l'échange.

Avant les usages, le cadre, parce qu'en matière d'entretien annuel, il est plus strict qu'ailleurs.

Ce que dit l'annexe III, point 4 (b)

Le règlement (UE) 2024/1689 classe certains usages de l'IA à haut risque, et il les liste à son annexe III. Le point 4 (b) de l'annexe III vise les systèmes d'IA destinés à prendre des décisions affectant les conditions des relations de travail, la promotion ou la rupture du contrat, à attribuer des tâches selon le comportement ou les traits personnels, ou à suivre et évaluer la performance et le comportement des personnes : ils sont classés à haut risque. Un outil qui note un salarié ou qui alimente une décision de promotion entre directement dans ce champ. Reste à savoir si vos propres outils y entrent, et cela ne se devine pas : l'autodiagnostic annexe III, usage par usage permet de trancher en une demi-heure, campagne d'entretiens comprise. Le même point 4, dans son alinéa (a), classe aussi le recrutement et la sélection des candidats à haut risque, sur le même principe : préparer est autorisé, décider ne l'est pas pour la machine.

Les obligations correspondantes (gestion des risques, qualité des données, journalisation, supervision humaine) s'appliquent au 2 décembre 2027, et non au 2 août 2026 comme l'annonçait le calendrier initial : le règlement (UE) 2026/1744, dit Digital Omnibus on AI, publié au Journal officiel le 24 juillet 2026 et en vigueur depuis le 27 juillet 2026, a déplacé l'échéance de l'annexe III ; notre article sur le calendrier de l'AI Act la reprend date par date, avec ses sources. Ce report ne dispense de rien pour l'entretien annuel : l'article 22 du RGPD s'applique déjà et pleinement, et c'est lui qui interdit dès aujourd'hui de faire évaluer un salarié par une machine. Ce qui a bougé, c'est le calendrier de la documentation technique du haut risque, pas la licéité de la décision. Le texte officiel complet est consultable sur EUR-Lex. Le même règlement impose par ailleurs, depuis le 2 février 2025, un niveau suffisant de maîtrise de l'IA aux personnes qui l'utilisent ; nous détaillons la portée réelle de cette obligation dans notre article sur la formation obligatoire introduite par l'AI Act.

Ce que dit l'article 22 du RGPD

Le second texte est plus ancien et tout aussi tranchant. L'article 22 du RGPD donne à toute personne le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé produisant des effets juridiques ou l'affectant de manière significative, avec le droit d'obtenir une intervention humaine, d'exprimer son point de vue et de contester la décision. Une évaluation annuelle qui conditionne une augmentation ou une promotion affecte significativement une personne. Le message pour une PME de moins de 250 salariés tient en une phrase : un usage d'assistance à la préparation ne fait pas de vous le déployeur d'un système à haut risque ; un outil qui note vos salariés, si.

Le vocabulaire précis de ces deux textes (décision automatisée, haut risque, profilage) est défini dans notre lexique IA du dirigeant, et la question plus large de ce qu'on peut confier à un assistant est traitée dans notre article sur ce que votre PME peut confier ou non à un outil d'IA.

La frontière ne bouge jamais entre préparer et décider

Répartition des usages de l'IA autour de l'entretien annuel, selon l'annexe III et l'article 22 du RGPD.

Ce que l'IA prépareCe que le manager seul décide
Ce que l'IA prépare contre ce que le manager seul décide Ce que l'IA prépare : construire la trame à partir du poste, retrouver et ordonner les faits de l'année, reformuler un retour maladroit, préparer des questions ouvertes, aider le salarié à préparer son bilan, rédiger le compte rendu décidé. Ce que le manager seul décide : noter et classer les salariés, comparer les personnes entre elles, décider promotion ou augmentation, décider une rupture de contrat, surveiller la performance en continu, décider si l'entretien s'enregistre. Ce que l'IA prépare Construire la trame à partir du poste Retrouver et ordonner les faits de l'année Reformuler un retour maladroit Préparer des questions ouvertes Aider le salarié à préparer son bilan Rédiger le compte rendu décidé Ce que le manager seul décide Noter et classer les salariés Comparer les personnes entre elles Décider promotion, augmentation Décider une rupture de contrat Surveiller la performance en continu Décider si l'entretien s'enregistre

Schéma de méthode 8 Academy, construit sur l'annexe III du règlement (UE) 2024/1689 et l'article 22 du RGPD, sans données chiffrées.

Les deux colonnes utilisent le même outil. Ce qui les sépare n'est pas la technologie, c'est la question qu'on lui pose : « aide-moi à préparer » d'un côté, « décide à ma place » de l'autre.

Autorisé, encadré, interdit : le tableau qui tranche

Voici la synthèse que nous donnons aux managers en formation. Elle couvre les usages les plus fréquents de l'IA autour de l'entretien annuel, et elle tient sur une page.

UsageStatutLa condition qui le rend acceptable
Construire une trame à partir de la fiche de posteAutoriséAucune personne concernée à ce stade : c'est un travail sur un document, pas sur un salarié
Compiler les notes de l'année en une synthèseEncadréNotes pseudonymisées, compte professionnel garantissant la non-utilisation des données pour l'entraînement
Reformuler un retour maladroit en retour utilisableAutoriséLe manager s'approprie la formulation avant de la dire ; il ne la lit jamais telle quelle
Aider le salarié à préparer son propre bilanAutoriséLe salarié reste l'auteur de son bilan, l'IA l'aide seulement à le structurer
Rédiger le compte rendu à partir des décisions du managerEncadréLe manager décide d'abord, l'IA met en forme ensuite, jamais l'inverse
Produire une synthèse anonymisée des besoins de formationEncadréAgrégat sur plusieurs entretiens, aucun entretien individuel identifiable
Noter, classer ou comparer des salariés entre euxInterditAucune : usage à haut risque au sens de l'annexe III, point 4 (b)
Produire un score de performanceInterditAucune : c'est exactement l'usage que l'annexe III vise à encadrer
Alimenter une décision de promotion, d'augmentation ou de ruptureInterditAucune : l'article 22 du RGPD impose une intervention humaine réelle sur ces décisions
Surveiller la performance en continuInterditAucune : ce n'est plus un outil de préparation, c'est un outil de surveillance
Enregistrer l'entretienInterditAucune : c'est un des moments qu'on ne doit jamais enregistrer, quel que soit l'outil

Synthèse établie en juillet 2026 à partir de l'annexe III du règlement (UE) 2024/1689 et de l'article 22 du RGPD. Elle n'a pas valeur de conseil juridique. Elle mérite de vivre dans une politique IA d'une page, plutôt que d'être redécouverte à chaque campagne.

Étape 1 · Construire la trame avant l'entretien

Une trame générique produit un échange générique. À partir de la fiche de poste, un assistant construit en quelques minutes une trame réellement adaptée au métier : thèmes propres au poste, questions ouvertes, section objectifs de l'année écoulée, section perspectives. Le manager relit, coupe, ajuste au contexte de l'équipe. Le chef de chantier et l'assistante administrative n'ont alors plus la même trame, et chacun sent que l'entretien a été pensé pour lui, pas recopié d'un modèle trouvé en ligne.

Le geste qui change tout : donnez à l'IA la structure exacte que vous attendez, pas une simple consigne vague. C'est tout l'objet de notre guide pour écrire un prompt qui donne le bon résultat du premier coup. Et si vous menez plusieurs campagnes d'entretiens par an, ce prompt mérite de rejoindre une bibliothèque de prompts prêts à réutiliser plutôt que d'être réécrit à chaque fois. La fiche de poste elle-même gagne à vivre dans la méthode du second cerveau, quelques fichiers texte qui évitent de tout réexpliquer à l'assistant.

Prompt à copier
Tu es un assistant qui aide un manager à préparer un entretien annuel.
But : construire une trame d'entretien adaptée au poste, à partir de la
fiche de poste ci-dessous.
Contexte : fiche de poste [coller, sans nom du salarié].
Forme : 5 thèmes propres au métier, 3 questions ouvertes par thème,
une section objectifs de l'année écoulée, une section perspectives.
Interdits : ne note pas le salarié, ne le compare à personne, n'invente
aucun fait sur la personne, ne propose aucune question fermée.

Étape 2 · Rassembler la synthèse de l'année et préparer les formulations

Compiler ce qui est éparpillé

Les matériaux de l'entretien existent déjà : notes de points individuels, objectifs fixés l'an dernier, réalisations mentionnées dans les comptes rendus de réunion, projets marquants. Le problème est qu'ils sont éparpillés sur douze mois et plusieurs outils. Si vos comptes rendus de réunion sont eux-mêmes en désordre, reprendre la main sur vos réunions réglera ce problème en amont, pour cet entretien et pour les suivants. Collez l'ensemble, pseudonymisé, dans l'assistant et demandez une compilation : réalisations principales, objectifs atteints ou non avec les éléments factuels, difficultés récurrentes, points jamais abordés. Ce travail de compilation, fait à la main, est exactement ce qui saute quand le temps manque. Fait par l'IA, il prend un quart d'heure, et le manager arrive avec l'année entière en tête, pas les trois dernières semaines.

Un point de vigilance concret : si des managers de votre PME collent déjà ces notes dans un compte grand public sans que vous l'ayez décidé, vous n'avez pas un problème futur, vous en avez un aujourd'hui. Le Work Trend Index 2024 de Microsoft mesure que 78 % des utilisateurs d'IA au travail apportent leurs propres outils sans validation de l'entreprise, et 80 % dans les PME. C'est le phénomène du shadow AI, ces outils utilisés sans validation, et la réponse qui marche est de fournir un outil professionnel plutôt que d'interdire un usage qui répond à un vrai besoin.

Dire les choses sans blesser

Le retour critique est l'exercice le plus redouté de l'entretien, et le plus souvent raté : trop vague pour être utile, ou trop brutal pour être entendu. L'IA aide à trouver une formulation factuelle, appuyée sur des comportements observables, qui ouvre sur une solution plutôt que sur un simple constat. Le gain sur ce type de tâche d'écriture est documenté : l'étude de Noy et Zhang (MIT), menée sur 453 professionnels diplômés du supérieur, mesure une baisse de 40 % du temps passé et une hausse de 18 % de la qualité perçue sur des tâches d'écriture professionnelle assistées par IA. Les mêmes réflexes valent pour toute rédaction professionnelle assistée par IA, pas seulement pour l'entretien annuel.

Le piège symétrique : ne lisez jamais une formulation d'IA telle quelle en entretien. Le salarié détecte le texte plaqué. L'IA propose, le manager s'approprie, il reformule avec ses mots, ses exemples, sa relation avec la personne en face de lui.

Pourquoi tant de managers préparent encore la veille au soir

Ce n'est pas seulement un problème d'organisation individuelle. L'enquête Work Trend Index de Microsoft, menée auprès de 31 000 répondants dans 31 pays, mesure trois difficultés déclarées par une majorité de professionnels : 68 % manquent de temps de concentration ininterrompu, 64 % peinent à trouver le temps et l'énergie de faire leur travail, et 62 % luttent contre la surcharge d'informations. Ces trois chiffres décrivent assez bien la semaine d'un manager qui doit, en plus de son activité quotidienne, préparer huit ou dix entretiens annuels en quelques semaines.

Le temps et l'attention manquent avant même d'ouvrir la trame d'entretien

Part des professionnels déclarant chaque difficulté au travail, 31 000 répondants dans 31 pays.

Les trois difficultés qui expliquent une préparation faite dans l'urgence Manque de concentration ininterrompue : 68 %. Manque de temps et d'énergie au travail : 64 %. Surcharge d'informations : 62 %. Manque de concentration 68 % Temps et énergie manquants 64 % Surcharge d'informations 62 %

Source : Microsoft, Work Trend Index, « Will AI Fix Work? » (2023)

Ce n'est pas un problème de volonté. Si la concentration, le temps et l'énergie manquent structurellement, la préparation improvisée la veille au soir est une conséquence logique, pas une négligence individuelle.

Vu sous cet angle, la préparation improvisée la veille au soir n'est pas un manque de sérieux : c'est l'issue logique d'un temps de concentration qui n'existe simplement pas dans l'agenda. C'est aussi pour cela qu'une formation isolée sur ces gestes ne suffit pas : une formation isolée qui retombe vite une fois la salle quittée n'aide pas un manager déjà débordé. Ce qui fonctionne, c'est un geste intégré à l'outil déjà ouvert, pas une méthode de plus à se rappeler. Le temps réellement gagné, lui, mérite d'être mesuré plutôt que supposé : voir notre article pour mesurer le retour sur investissement du temps gagné avec l'IA.

Étape 3 · Mener l'entretien et décider seul

Ici, l'IA sort de la pièce. L'entretien se conduit exactement comme avant : en face à face, sans écran d'IA ouvert, sans outil qui écoute. Le manager s'appuie sur sa trame et sa synthèse, mais l'échange, l'écoute, les ajustements en temps réel et le jugement final lui appartiennent entièrement. C'est le moment où la préparation assistée doit avoir déjà fait son travail : si elle a rendu le manager mieux informé, cet échange se déroule mieux ; elle ne le remplace jamais.

Une question revient souvent : peut-on enregistrer l'échange pour ne rien perdre, puis laisser l'IA en faire la transcription ? La réponse est non. L'entretien annuel fait partie des réunions qu'on ne doit pas enregistrer : la confidentialité du moment, le risque qu'une donnée de santé ou de vie privée soit évoquée à l'oral, et l'absence de finalité légitime à conserver une transcription intégrale pèsent plus lourd que le confort d'un compte rendu automatique. Le manager prend des notes, comme avant l'IA.

Un dernier point, pour les managers eux-mêmes réticents à l'idée de préparer un entretien avec un outil qu'ils maîtrisent mal : cette prudence est souvent un signal utile plutôt qu'un blocage à lever de force. Notre article sur une équipe réticente face à l'IA explique comment transformer cette réserve en méthode plutôt qu'en immobilisme.

Étape 4 · Rédiger le compte rendu et produire l'agrégat d'équipe

Après l'entretien, les notes en vrac deviennent un compte rendu structuré : bilan de l'année, objectifs mesurables de l'année à venir avec échéances, besoins de formation exprimés, engagements réciproques. Le principe ne change pas d'une étape à l'autre : l'IA rédige à partir de ce que le manager a décidé, jamais l'inverse. Le manager relit, corrige, puis le document est validé et signé par les deux parties.

Prompt à copier
Tu es un assistant qui met en forme un compte rendu d'entretien annuel.
But : rédiger le compte rendu à partir des décisions déjà prises par le
manager, pas les prendre à sa place.
Contexte : notes brutes de l'entretien [coller, pseudonymisées] et
décisions du manager sur les objectifs de l'année à venir.
Forme : bilan de l'année, objectifs mesurables avec échéances, besoins
de formation exprimés, engagements réciproques.
Interdits : ne note pas la performance, ne compare à d'autres salariés,
n'invente aucun fait, ne conclus rien sur une promotion, une
augmentation ou une rupture de contrat, ce sont des décisions du
manager, pas du texte à produire.

Ce compte rendu signé n'est pas une formalité administrative : c'est la trace qui rend les objectifs opposables dans les deux sens, le point de départ de l'entretien suivant, et une pièce précieuse en cas de désaccord ultérieur. Si un doute existe sur la façon de cadrer ces usages en interne, désigner un référent IA interne donne à l'équipe un endroit où poser la question avant d'improviser une réponse.

Une fois la campagne terminée, un dernier usage mérite d'être mentionné : croiser les comptes rendus anonymisés pour repérer les thèmes récurrents, besoins de formation, irritants d'organisation, souhaits d'évolution qui reviennent dans plusieurs entretiens. Trois personnes qui citent le même outil défaillant, quatre qui demandent la même formation : c'est un signal d'organisation, pas quatre cas individuels. Cet agrégat nourrit le plan de formation et remonte à la direction, sans jamais exposer un entretien individuel.

Ce que l'IA ne fera jamais à votre place

Soyons directs sur les limites. L'IA ne connaît pas vos collaborateurs : elle compile ce que vous lui donnez, et si les notes de l'année sont vides, la synthèse le sera aussi. Elle ne détecte ni un mal-être, ni un non-dit, ni une démission silencieuse : c'est le rôle de l'écoute en entretien, pas d'un algorithme. Et elle ne remplace pas le courage managérial : une formulation parfaite ne dispense jamais de dire les choses en face.

Une limite plus subtile mérite d'être connue avant de faire confiance à une formulation générée par l'IA. Une étude menée auprès de 758 consultants du Boston Consulting Group, publiée dans Organization Science, décrit une « frontière technologique dentelée » : dans le périmètre où l'IA excelle, les consultants assistés terminaient 12,2 % de tâches en plus, 25,1 % plus vite, avec une qualité perçue supérieure de 33,9 % ; hors de ce périmètre, ceux qui utilisaient l'IA produisaient jusqu'à 19 points de pourcentage de solutions correctes en moins que ceux qui s'en passaient, souvent sans s'en rendre compte. Une reformulation sur un cas simple sera fiable ; sur une situation de conflit ouvert ou de faute grave, la prudence humaine doit primer, et le recours à un professionnel RH ou juridique reste la bonne réponse.

La crainte la plus fréquente, en filigrane de ces limites, est que l'IA finisse par remplacer le jugement du manager, voire son poste. Ce que les études disent vraiment de l'IA et de l'emploi mérite d'être lu avant de trancher cette question par l'intuition seule : l'IA rend le manager mieux préparé, elle ne le rend pas meilleur manager, et encore moins interchangeable.

L'entretien annuel n'est qu'un des chantiers RH où l'IA peut aider sans décider : notre guide de l'IA pour les ressources humaines les replace tous, du recrutement à l'intégration des nouveaux arrivants. Informer les représentants du personnel de l'existence de l'outil, avant même son déploiement, est une exigence trop souvent oubliée : la CNIL rappelle qu'aucune information concernant un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été préalablement porté à sa connaissance, et que l'employeur doit informer les instances représentatives avant de déployer un traitement de gestion du personnel. La démarche d'ensemble, elle, est cadrée dans notre guide de l'IA en PME. Ces quatre étapes constituent l'un des modules du parcours Ressources humaines de 8 Academy, travaillé sur vos propres trames et vos propres comptes rendus, pas sur des exemples de démonstration.

À retenir

L'IA améliore la préparation de l'entretien annuel : trame par poste, synthèse de l'année, formulations de retour, compte rendu, agrégat anonymisé de besoins de formation. La ligne rouge est celle de l'annexe III, point 4 (b) du règlement (UE) 2024/1689 et de l'article 22 du RGPD : jamais de notation, de classement ou de comparaison des salariés, jamais de décision de promotion, d'augmentation ou de rupture confiée à la machine, jamais d'entretien enregistré. Ces obligations s'appliquent au 2 décembre 2027, et non au 2 août 2026, depuis le report opéré par le règlement (UE) 2026/1744 en vigueur le 27 juillet 2026 ; mais l'article 22 du RGPD, lui, s'applique déjà et pleinement, et c'est lui qui rend une évaluation exclusivement automatisée illicite dès aujourd'hui.

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Questions fréquentes

L'IA peut-elle évaluer un salarié lors de l'entretien annuel ?+
Non. L'annexe III, point 4 (b) du règlement (UE) 2024/1689 classe à haut risque les systèmes d'IA destinés à suivre et évaluer la performance et le comportement des salariés, ou à peser sur une promotion, une augmentation ou une rupture de contrat. Ces obligations s'appliquent au 2 décembre 2027, et non au 2 août 2026 : le règlement (UE) 2026/1744, en vigueur depuis le 27 juillet 2026, a reporté cette échéance de l'annexe III. L'article 22 du RGPD, lui, s'applique déjà et interdit dès aujourd'hui une évaluation exclusivement automatisée. La règle 8 Academy est plus simple encore : l'IA prépare la trame, la synthèse et les formulations, le manager évalue et décide, et la décision reste documentée par un humain.
Que disent précisément l'annexe III de l'AI Act et l'article 22 du RGPD ?+
L'annexe III, point 4 (b) du règlement (UE) 2024/1689 vise les systèmes destinés à prendre des décisions affectant les conditions de la relation de travail, la promotion ou la rupture du contrat, à attribuer des tâches selon le comportement ou les traits personnels, ou à suivre et évaluer la performance et le comportement des personnes : ils sont classés à haut risque. L'article 22 du RGPD donne en parallèle à tout salarié le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé, avec le droit d'obtenir une intervention humaine, d'exprimer son point de vue et de contester la décision. Pour une PME, la limite est claire : un usage d'assistance à la préparation ne fait pas de vous le déployeur d'un système à haut risque ; un outil qui note vos salariés, si.
Quelles données puis-je mettre dans l'outil d'IA pour préparer un entretien annuel ?+
Aucune donnée nominative sans cadre. Le RGPD s'applique dès qu'un prompt contient des données personnelles. La pratique sûre : pseudonymiser (« salarié A, 4 ans d'ancienneté, poste de technicien SAV »), retirer tout élément ré-identifiant (nom, situation familiale, santé), et utiliser un compte professionnel dont le contrat garantit la non-utilisation des données pour l'entraînement.
Un compte rendu d'entretien annuel structuré par l'IA est-il valable ?+
Oui, à condition qu'il reste un brouillon retravaillé et qu'il parte des décisions déjà prises par le manager. L'IA met en forme les notes de l'échange selon une trame standard ; elle ne décide de rien. Le manager relit, corrige, complète, puis le document est validé et signé par les deux parties. C'est la relecture humaine et la double signature qui font la valeur du compte rendu, pas l'outil qui l'a mis en page.
Peut-on enregistrer l'entretien annuel avec un outil d'IA ?+
Non, ce n'est pas recommandé. L'entretien annuel fait partie des réunions qu'on ne doit pas enregistrer : la confidentialité du moment, le risque qu'une donnée de santé ou de vie privée soit évoquée à l'oral, et l'absence de finalité légitime à conserver une transcription intégrale pèsent plus lourd que le confort d'un compte rendu automatique. Le manager prend des notes, comme avant l'IA, et c'est cette prise de notes qui alimente ensuite la préparation du compte rendu.
Faut-il informer les représentants du personnel de l'utilisation d'un outil d'IA pour ces entretiens ?+
Oui. La CNIL rappelle qu'aucune information concernant un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été préalablement porté à sa connaissance, et que l'employeur doit informer les instances représentatives du personnel avant de mettre en place un traitement de gestion du personnel. Un outil d'IA utilisé pour préparer les entretiens annuels entre dans ce cadre : mieux vaut l'annoncer clairement que le découvrir en CSE après coup.