La réponse courte
En France, une sortie d'IA n'est protégée par le droit d'auteur que si elle porte la trace de choix créatifs humains. Le rapport du CSPLA de juillet 2026 distingue la création hybride, protégeable si elle est originale, de la production synthétique, qui reste hors du droit d'auteur. Vous pouvez donc publier et vendre la plupart de vos contenus générés, à trois conditions : retravailler, ne rien déposer comme marque, et respecter l'obligation de transparence de l'article 50 de l'AI Act.
Commençons par la mauvaise nouvelle méthodologique, celle qui explique pourquoi les articles que vous avez déjà lus vous ont laissé sur votre faim. La jurisprudence française ne s'est pas prononcée sur la protection des productions d'intelligence artificielle générative. Aucune décision de justice française ne dit aujourd'hui si l'image que votre graphiste a générée jeudi dernier est protégée ni au nom de qui. Les articles qui semblent trancher s'appuient soit sur des décisions américaines, soit sur de la doctrine.
Cela ne veut pas dire qu'on ne peut rien dire d'utile. Cela veut dire qu'il faut changer de question. La question « à qui appartient cette image ? » n'a pas de réponse stable. La question « qu'est-ce que je peux en faire sans risque, et qu'est-ce que je dois pouvoir montrer si on me le demande ? » en a une, et c'est celle qui vous concerne un lundi matin.
Ce que vous possédez, et ce que vous ne possédez pas
Il faut séparer deux choses que tout le monde mélange, parce qu'elles n'ont ni la même source ni les mêmes effets.
Premier plan : le contrat qui vous lie à l'éditeur de l'outil. Il règle vos droits d'usage sur la sortie. Les conditions d'Anthropic, par exemple, sont d'une franchise instructive : « Subject to your compliance with our Terms, we assign to you all of our right, title, and interest—if any—in Outputs ». Traduction : l'éditeur vous cède ce qu'il détient éventuellement — « if any » — sur la sortie. C'est une cession entre vous et lui. Elle ne crée pas un droit opposable à un tiers.
Second plan : le droit d'auteur, qui ne se contracte pas. Le Code de la propriété intellectuelle protège les œuvres de l'esprit, et son article L. 112-2 en énumère les catégories — écrits, dessins, peintures, photographies, logiciels. La condition n'est écrite nulle part sous forme de définition mais elle structure tout : l'originalité, c'est-à-dire l'empreinte de choix créatifs humains.
C'est exactement là que le rapport de mission du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, publié le 16 juillet 2026 sous la présidence d'Alexandra Bensamoun, apporte la clarification la plus utile disponible en français. Sa conclusion tient en une phrase : « il n'est pas nécessaire de réinventer le droit d'auteur ». La notion d'originalité serait assez robuste pour accueillir les créations réalisées avec une IA, à condition qu'elles portent la trace d'une véritable direction créative humaine.
Le rapport pose alors la distinction qui devient votre grille de lecture quotidienne : la création hybride, dans laquelle une personne garde un rôle créatif et peut bénéficier de la protection si l'originalité est établie, contre la production synthétique, obtenue sans intervention humaine significative, qui reste hors du droit d'auteur. Et il identifie trois moments où l'originalité peut s'exprimer.
Trois moments où votre part humaine peut s'inscrire dans le résultat
Grille d'analyse du rapport de mission CSPLA sur le statut des productions de l'IA, juillet 2026.
Cette règle a une conséquence pratique immédiate et rassurante. Le travail que vous feriez de toute façon pour que le résultat soit bon — cadrer la consigne, itérer, écarter des propositions, réécrire, intégrer à votre charte — est aussi ce qui construit votre position juridique. C'est aussi pourquoi la formation aux gestes de production compte plus que le choix de l'outil : la méthode RBCF — Rôle, But, Contexte, Forme laisse une trace de direction créative, alors qu'une consigne d'une ligne n'en laisse aucune.
Sept situations d'entreprise, sept verdicts
Passons au concret. Ces sept cas couvrent l'essentiel de ce qu'une PME produit réellement avec une IA générative. Le verdict porte sur le risque d'entreprise, pas sur une théorie du droit d'auteur.
Sept usages, trois verdicts : ce qui passe, ce qui demande de la prudence, ce qui ne passe pas
Lecture par situation d'usage en PME, juillet 2026. Le verdict est écrit, la couleur ne fait que le rappeler.
1. Un visuel d'illustration dans une plaquette commerciale — feu vert
C'est le cas le plus fréquent et le plus tranquille. Une illustration d'ambiance, un fond, une icône, un schéma : vous pouvez la publier et l'utiliser commercialement, sous réserve du contrat de l'éditeur et de la vigilance sur la ressemblance traitée plus loin. Le seul point à préparer est la preuve de votre travail : la consigne, les variantes écartées, les retouches. C'est le réflexe de production que nous enseignons dans le parcours marketing.
2. Un texte de page de site web — feu vert
Rien n'interdit de publier un texte préparé par une IA, à une condition qui n'est pas juridique mais éditoriale : un humain le relit, le corrige et l'assume. C'est vrai du point de vue du référencement — Google juge la qualité et l'utilité, pas le procédé de fabrication — et c'est vrai du point de vue de l'AI Act, comme on le verra. La méthode qui évite le texte plat et interchangeable est détaillée dans nos gestes de rédaction assistée, et l'articulation avec le référencement dans notre article sur l'IA et le SEO d'un site d'entreprise.
3. Un logo ou un signe destiné à être déposé — non
Ici, changez de raisonnement. Un logo n'a pas d'intérêt s'il n'est pas exclusif : il doit pouvoir être opposé à un concurrent qui l'imiterait. Or si votre signe est une production synthétique non originale, vous n'avez rien à opposer sur le terrain du droit d'auteur ; et rien ne garantit qu'un signe très proche ne sortira pas du même modèle pour quelqu'un d'autre. Cette zone est développée plus bas.
4. La photo du produit que vous vendez — non
Le problème n'est pas la propriété intellectuelle, il est ailleurs, et il est plus sérieux : présenter en photo un produit qui ne ressemble pas à celui que le client recevra relève de la pratique commerciale trompeuse. Une image générée pour montrer une ambiance de mise en situation, c'est autre chose. Une image générée qui tient lieu de photo du produit, non. La règle interne se résume ainsi : l'IA illustre, elle ne documente pas.
5. Une voix off pour un film institutionnel — prudence
Une voix de synthèse générique, dans le cadre d'un outil dont vous respectez les conditions, est utilisable. Cloner la voix d'une personne réelle — un salarié, un dirigeant, un comédien, une célébrité — sans accord écrit ne l'est jamais : vous touchez à des droits attachés à la personne, et vous entrez de plein pied dans le régime des contenus manipulés de l'article 50.
6. Une clause ou un texte de contrat — prudence
Techniquement, rien ne vous interdit d'utiliser un texte contractuel préparé par une IA. Le risque n'est pas la propriété, c'est le contenu : l'outil ne connaît ni votre exposition réelle, ni vos assurances, ni la jurisprudence applicable à votre secteur, et il produit des clauses plausibles plutôt que protectrices. L'usage raisonnable est celui que nous décrivons dans notre article sur l'IA appliquée au juridique et aux contrats : préparer, comparer, questionner — jamais décider seul.
7. Un mémoire technique de réponse à appel d'offres — prudence
Deux vérifications avant tout usage. D'abord le règlement de la consultation : certains acheteurs encadrent ou interdisent désormais l'usage de l'IA générative dans la rédaction des offres, ou en demandent la déclaration. Ensuite le fond : un mémoire technique est un engagement contractuel, et une phrase inventée par une machine devient une promesse que vous devrez tenir. La façon de s'en servir sans se mettre en risque est dans notre article sur les appels d'offres assistés par IA.
Le piège de la ressemblance : quand un visuel généré devient une contrefaçon
C'est le risque que les articles de propriété intellectuelle traitent le moins, alors que c'est celui qui peut réellement coûter de l'argent à une PME. Une contrefaçon ne se juge pas sur le procédé de fabrication mais sur le résultat : si le visuel que vous publiez reproduit les caractéristiques d'une œuvre protégée, d'un personnage, d'une marque ou d'une photographie existante, vous êtes exposé — que vous l'ayez dessiné, photographié ou généré.
Trois règles internes suffisent à écarter presque tout le risque, et elles s'apprennent en dix minutes.
- Ne nommez jamais un artiste, une marque ou une œuvre dans la consigne. « Dans le style de tel illustrateur » est la formulation la plus dangereuse qui existe : elle demande explicitement à la machine de s'approcher d'une production protégée, et cette consigne reste dans vos historiques.
- Faites une recherche d'image inversée avant publication. Trente secondes par visuel destiné à un support public. Si le moteur vous ressort une photographie ou une illustration très proche, écartez le visuel sans discuter.
- Interdisez les visages reconnaissables et les lieux identifiables. Un visage plausible mais fictif est acceptable ; un visage qui ressemble à quelqu'un ne l'est pas. La règle vaut aussi pour les monuments et les bâtiments protégés.
Ces trois lignes ont leur place dans votre règle interne écrite, aux côtés de ce qui est autorisé et de ce qui est interdit. Le format d'une page que nous recommandons est décrit dans notre modèle de politique IA, et la raison pour laquelle il faut l'écrire avant d'ouvrir les accès est développée dans notre article sur le shadow AI en PME.
Ce que disent vraiment les conditions d'utilisation de vos outils
Nous avons voulu lire ces clauses au texte plutôt que les résumer de mémoire. Le résultat de l'exercice est en soi une information utile : toutes ces pages ne sont pas consultables de la même façon, et plusieurs éditeurs refusent la consultation automatisée. Nous préférons vous le dire plutôt que de masquer la limite.
| Éditeur | Ce que le texte dit de la propriété des sorties | Engagement de défense en cas de plainte | Ce que nous avons pu vérifier le 27/07/2026 |
|---|---|---|---|
| Anthropic (Claude) | « we assign to you all of our right, title, and interest—if any—in Outputs » — conditions grand public en vigueur au 8 octobre 2025 | Aucun engagement de ce type dans les conditions lues | Oui, clause lue au texte |
| Microsoft (Copilot) | Ce n'est pas l'objet du dispositif : Microsoft traite le risque, pas la propriété | Oui — Microsoft défend le client commercial et paie les condamnations ou transactions, sous conditions strictes | Oui, pages Microsoft Learn et Microsoft On the Issues lues au texte |
| OpenAI (ChatGPT) | Non vérifié au texte | Non vérifié au texte | Non : la page des conditions refuse la consultation automatisée (HTTP 403). À lire vous-même avant de vous engager |
| Adobe | Non vérifié au texte | Non vérifié au texte | Non : page non consultée, délai de connexion dépassé. Nous n'affirmons donc rien |
| Canva | Non vérifié au texte | Non vérifié au texte | Non : la page des conditions refuse la consultation automatisée (HTTP 403) |
Relevé du 27 juillet 2026. Ces documents changent souvent et sans préavis : la seule méthode fiable est de télécharger la version applicable le jour de votre décision et de l'archiver, datée, avec vos autres pièces contractuelles.
Un point mérite d'être sorti du tableau, parce qu'il est concret et que personne ne le mentionne dans les articles de propriété intellectuelle. Microsoft prend, dans ses conditions produit, un engagement contractuel de défense : si un tiers poursuit un client commercial pour violation du droit d'auteur à raison de l'usage de ses Copilots ou de leurs sorties, Microsoft défend le client et paie le montant des condamnations ou des transactions qui en résultent. L'engagement n'est pas gratuit sur le plan opérationnel : il suppose que le client ait utilisé les garde-fous et les filtres de contenu intégrés au produit et qu'il n'ait pas cherché à générer des contenus contrefaisants — y compris en fournissant en entrée des contenus dont il n'a pas les droits.
La documentation technique va plus loin encore pour les services configurables : le client doit avoir déployé les mesures d'atténuation prescrites — une consigne système demandant au modèle d'éviter la contrefaçon, les filtres de matériel protégé activés en mode blocage, et un rapport d'évaluation conservé, à produire en cas de réclamation. Autrement dit, la couverture existe et elle se mérite par la conformité de vos réglages. C'est une raison très concrète de traiter le paramétrage comme un chantier à part entière, ce que nous détaillons dans les douze réglages à faire dans vos comptes avant d'ouvrir l'IA à vos équipes.
Vos supports publiés sont-ils tenables en cas de contestation ?
Le diagnostic 8 Academy de 30 minutes passe en revue vos usages réels — visuels, textes, documents contractuels — et repère les deux ou trois points où votre entreprise s'expose sans le savoir.
Faut-il mentionner qu'un contenu a été généré par IA ? Ce qu'impose l'article 50
C'est le volet que la SERP française ignore complètement, alors qu'il tombe au même moment et sur la même personne que la question de la propriété. L'article 50 du règlement européen sur l'IA porte les obligations de transparence, et il faut le lire précisément parce qu'il ne dit pas ce qu'on lui prête généralement.
Il distingue trois situations, et deux d'entre elles ne pèsent pas sur vous.
- L'interaction avec un système d'IA. Les personnes doivent savoir qu'elles s'adressent à une machine, sauf si c'est évident « du point de vue d'une personne physique normalement informée, attentive et avisée ». Cette obligation pèse sur le fournisseur du système. Elle vous concerne dès que vous mettez un agent conversationnel en façade de votre entreprise.
- Le marquage des contenus de synthèse. Les fournisseurs de systèmes qui génèrent du son, de l'image, de la vidéo ou du texte doivent marquer les sorties dans un format lisible par machine et détectable comme artificiellement généré ou manipulé. C'est une obligation du fournisseur, pas la vôtre. Vous n'avez pas à tatouer vos fichiers.
- La divulgation par le déployeur. C'est la seule qui vous vise directement, et elle est doublement bornée. Pour les contenus manipulés de type hypertrucage, la divulgation est requise, sauf usage manifestement artistique, créatif, satirique ou fictionnel. Pour le texte publié dans le but d'informer le public sur des questions d'intérêt public, la divulgation est requise sauf si le contenu a fait l'objet d'un examen humain ou d'un contrôle éditorial et qu'une personne assume la responsabilité éditoriale.
Lisez la dernière exception attentivement, parce qu'elle change tout pour une PME. Une plaquette commerciale, une fiche produit, une page de service ou un devis ne sont pas des textes publiés pour informer le public sur des questions d'intérêt public. Et même dans les cas où ils le seraient, une relecture humaine assumée fait tomber l'obligation. La conclusion pratique est donc contre-intuitive : l'article 50 n'oblige pas une PME à estampiller « généré par IA » sur ses supports commerciaux.
Reste que la mention peut être un choix, et souvent un bon choix : sur un visuel manifestement synthétique, sur un article de blog d'actualité, sur une voix off. Voici le format sobre que nous recommandons, à intégrer une fois pour toutes dans vos gabarits plutôt qu'à décider au cas par cas.
VISUEL D'ILLUSTRATION SYNTHÉTIQUE (crédit, en petits caractères)
« Illustration générée par intelligence artificielle. »
ARTICLE OU CONTENU ÉDITORIAL PUBLIÉ (en fin de texte)
« Ce texte a été préparé avec l'aide d'un outil d'intelligence
artificielle, puis relu, corrigé et validé par [prénom nom],
[fonction], qui en assume la responsabilité éditoriale. »
AGENT CONVERSATIONNEL SUR VOTRE SITE (premier message)
« Bonjour, vous échangez avec un assistant automatique.
Pour parler à une personne de notre équipe : [lien / numéro]. »
FILM OU AUDIO AVEC VOIX DE SYNTHÈSE (générique de fin)
« Voix de synthèse. Aucune voix réelle n'a été reproduite. »
La date d'application de l'article 50 fait partie des points qui ont bougé récemment, et sur lesquels il faut vérifier l'état du texte au jour où vous décidez : nous tenons ce suivi dans le calendrier de l'AI Act après le Digital Omnibus. L'obligation qui, elle, s'applique déjà et qui concerne toutes les entreprises est celle de maîtrise de l'IA, détaillée dans notre article sur la formation rendue obligatoire par l'AI Act.
Logo, marque, éléments déposés : la zone où il faut s'abstenir
Il existe une différence de nature entre publier un contenu et revendiquer un monopole sur un signe. Publier une illustration ne demande qu'un droit d'usage. Déposer une marque, c'est demander à l'État un droit d'interdire aux autres. Les deux exigences n'ont rien à voir.
Sur le fond, une identité visuelle générée sans direction créative documentée vous met dans une position inconfortable et parfaitement évitable : vous ne pouvez ni prouver l'antériorité de votre création, ni garantir qu'un signe très proche n'existe pas déjà, ni vous appuyer sur le droit d'auteur en cas d'imitation. Trois faiblesses cumulées sur l'actif le plus visible de l'entreprise.
La position raisonnable tient en trois lignes. Servez-vous de l'IA pour explorer des directions, des palettes, des concepts — c'est un excellent usage, rapide et peu coûteux. Faites finaliser par un humain qui documentera ses choix, ses versions et ses arbitrages. Faites la recherche d'antériorité avant tout dépôt, et déposez.
Un réflexe complémentaire, peu coûteux et souvent ignoré des dirigeants : l'e-Soleau de l'INPI, qui permet de constituer une preuve de création à une date précise. Le tarif public commence à 15 € pour un dépôt jusqu'à 50 Mo, puis 10 € par tranche de 50 Mo supplémentaires, pour une couverture de cinq ans. Attention à ce qu'il fait exactement : il n'accorde aucun droit, il date une preuve. Ce qui est précisément ce dont vous manquez quand la protection dépend de la démonstration d'un travail humain.
Qui est responsable en interne, et ce que vous devez consigner
Voilà où la question devient une question de management plutôt que de droit. Puisque la protection dépend de votre capacité à démontrer une part humaine, et puisque le risque de contrefaçon dépend de la vigilance à la production, il faut que quelqu'un en réponde et qu'une trace existe.
Une précision sur le mot « responsable », qui n'a pas le même sens ici et devant un tribunal. En interne, il désigne celui qui tranche ; à l'extérieur, c'est l'entreprise qui répond du contenu qu'elle a publié, quel qu'ait été l'outil de fabrication, et le salarié n'est presque jamais celui à qui la victime s'adresse. Nous avons traité ce partage à part, avec ce que couvre ou non un contrat d'assurance, dans notre analyse de la responsabilité d'un dommage causé par un contenu produit avec l'IA.
Sur le responsable : la fonction existe déjà dans notre méthode et n'est ni juridique ni technique. C'est le rôle du référent IA, dont nous décrivons le profil et les missions dans notre article sur le référent IA en PME. Sur les contenus publics, il tranche trois choses : ce qui peut être généré, ce qui doit être relu par un humain nommé, et ce qui ne se génère pas du tout.
Sur la trace : ne construisez pas une usine documentaire. Quatre lignes par contenu publié suffisent, tenues dans un simple tableau partagé.
- La consigne utilisée, telle quelle, avec l'outil et la date. C'est la pièce qui montre la direction créative en amont.
- Ce que vous avez écarté et ce que vous avez modifié, en une phrase. C'est la pièce qui montre les choix expressifs en aval.
- Le nom de la personne qui a validé le contenu avant publication. C'est la pièce qui fait tomber l'obligation de divulgation de l'article 50 sur les contenus éditoriaux.
- La vérification de ressemblance effectuée, et son résultat. C'est la pièce qui montre votre diligence si un tiers conteste.
Ce registre est le pendant, côté contenus, du classeur de conformité que nous demandons au terme de notre plan de montée en compétences sur 90 jours. Il se remplit en une minute par contenu, à condition d'avoir été prévu dans le geste de production — pas reconstitué six mois après. Et il s'articule avec les précautions de données décrites dans notre guide de l'IA et du RGPD en PME, puisque la CNIL rappelle de son côté qu'il ne faut jamais partager d'informations confidentielles telles que des données personnelles dans un service d'IA générative accessible au public.
Trois clauses à ajouter à vos contrats de prestation et à vos contrats clients
Deux situations symétriques, souvent oubliées toutes les deux. Quand vous achetez une création à un prestataire, vous voulez savoir ce qu'il vous livre. Quand vous vendez une prestation, votre client voudra la même chose de vous. Ces trois clauses, volontairement courtes, se recopient dans vos modèles.
1. DÉCLARATION D'USAGE DE L'IA (à faire signer à vos prestataires) Le Prestataire déclare indiquer, pour chaque livrable, s'il a eu recours à un système d'intelligence artificielle générative, la nature de ce recours et l'outil utilisé. Il conserve et communique sur demande la trace de son intervention créative propre. 2. GARANTIE D'ÉVICTION ADAPTÉE Le Prestataire garantit que les livrables ne reproduisent aucune œuvre, marque, image de personne ou élément protégé appartenant à un tiers, et garantit le Client contre toute réclamation à ce titre. Cette garantie s'applique quel que soit le procédé de création employé. 3. LIMITE DE CESSION SUR LES ÉLÉMENTS NON PROTÉGEABLES Les Parties reconnaissent que certains éléments livrés peuvent ne pas être éligibles à la protection par le droit d'auteur. Pour ces éléments, le Prestataire cède au Client l'intégralité des droits d'usage dont il dispose et s'engage à ne pas les réutiliser pour un concurrent direct du Client pendant [durée].
La troisième clause est celle qui manque presque partout, et c'est la plus utile. Elle traite honnêtement le cas où il n'y a rien à céder, en le remplaçant par ce qui a une valeur économique réelle pour vous : l'exclusivité d'usage vis-à-vis d'un concurrent. Un juriste écrira mieux que nous la durée et le périmètre ; le principe, lui, est à votre main. Les autres questions à poser avant de signer un contrat d'outil ou de prestation IA sont réunies dans nos huit questions à poser à un prestataire IA avant de signer, et l'arbitrage plus large entre acheter un développement et former vos équipes est traité dans notre grille de décision entre sur-mesure et montée en compétence interne.
Une dernière remarque de fond. Tout ce qui précède se ramène à un même geste : faire, et savoir montrer ce qu'on a fait. Ce n'est pas une contrainte juridique importée de Bruxelles, c'est ce qui distingue un contenu qui ressemble à tous les autres d'un contenu qui vous ressemble. Vous pouvez situer où vous en êtes avec le test de maturité IA, mesurer vos usages actuels dans notre article sur la production de contenu marketing assistée, ou prendre le sujet par le haut avec le guide complet de l'IA en PME. Si le vocabulaire vous manque, le lexique IA du dirigeant définit les termes employés ici, et notre formation IA pour les équipes de PME décrit comment ces réflexes s'installent poste par poste. Les erreurs que ce raisonnement permet d'éviter sont recensées dans nos sept erreurs de déploiement IA en PME.
À retenir
La jurisprudence française n'a pas tranché la protection des productions d'IA, et aucun article honnête ne peut la trancher à sa place. Ce qui existe, et qui suffit à décider, c'est la grille du CSPLA : une production synthétique sans intervention humaine significative reste hors du droit d'auteur, une création hybride est protégeable si elle est originale, et l'originalité peut s'inscrire en amont, pendant la génération ou en aval. D'où la règle unique : plus vous retravaillez, plus votre position se solidifie — et consignez-le. Par situation : feu vert sur les illustrations et les textes relus, prudence sur la voix off, les contrats et les mémoires techniques, abstention sur un logo à déposer et sur la photo du produit que vous vendez. Le vrai risque financier n'est pas la propriété mais la ressemblance : ne nommez jamais un artiste ni une marque dans une consigne. Enfin, l'article 50 de l'AI Act n'oblige pas une PME à estampiller ses supports commerciaux : la relecture humaine assumée fait tomber l'obligation de divulgation sur les contenus éditoriaux.
Image générée par IA : qui détient le droit d'auteur ?+
Une œuvre générée par IA est-elle protégée en France ?+
Un contenu généré par IA peut-il constituer une contrefaçon ?+
Que dit la jurisprudence française sur l'IA et le droit d'auteur ?+
Sources
- CSPLA (ministère de la Culture), « Rapport de mission sur le statut des productions de l'intelligence artificielle », Alexandra Bensamoun et Julie Groffe-Charrier (publié le 16 juillet 2026) — « il n'est pas nécessaire de réinventer le droit d'auteur », distinction création hybride / production synthétique, trois moments d'expression de l'originalité.
- Code de la propriété intellectuelle, article L. 112-2 (Légifrance) — énumération des œuvres de l'esprit protégées.
- Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), article 50, obligations de transparence — information de la personne interagissant avec une IA, marquage des contenus de synthèse à la charge du fournisseur, divulgation par le déployeur et exception d'examen humain ou de contrôle éditorial. Texte consolidé sur EUR-Lex.
- Anthropic, « Consumer Terms of Service » (en vigueur au 8 octobre 2025) — « we assign to you all of our right, title, and interest—if any—in Outputs ». Consulté le 27/07/2026.
- Microsoft, « Microsoft announces new Copilot Copyright Commitment for customers » (2023) — engagement de défense des clients commerciaux et de prise en charge des condamnations et transactions, sous condition d'usage des filtres et garde-fous du produit.
- Microsoft Learn, « Customer Copyright Commitment Required Mitigations » — mesures d'atténuation exigées pour conserver la couverture : consigne système anticontrefaçon, filtres de matériel protégé en mode blocage, rapport d'évaluation conservé et produit en cas de réclamation. Page consultée le 27/07/2026.
- INPI, « Déposer une e-Soleau ou un entiercement » — 15 € jusqu'à 50 Mo, puis 10 € par tranche de 50 Mo supplémentaires, pour une durée de 5 ans ; le dépôt constitue une preuve de création à une date précise et n'accorde aucun droit.
- CNIL, « Les questions-réponses sur l'utilisation d'un système d'IA générative » — ne jamais partager d'informations confidentielles telles que des données personnelles, qualification du fournisseur, règles internes et formation des utilisateurs avant ouverture.
- Conditions d'utilisation d'OpenAI et de Canva : non vérifiées au texte le 27/07/2026, ces pages refusant la consultation automatisée (HTTP 403). Conditions d'Adobe : non consultées, délai de connexion dépassé. Aucune affirmation n'est faite ici sur leur contenu : téléchargez la version applicable le jour de votre décision.
