Direction · Juillet 2026

Contrat et clauses IA : les huit questions à poser à un prestataire avant de signer.

Toute la littérature juridique sur le sujet écrit « les clauses à intégrer » — c'est-à-dire du point de vue de celui qui rédige le contrat. Une PME de quarante salariés ne rédige rien : elle signe le contrat de l'éditeur. Sa seule vraie marge de manœuvre se situe avant, dans les questions qu'elle pose et dans les réponses qu'elle refuse. Voici les huit questions, la bonne réponse attendue, le signal d'alarme, et l'endroit du contrat où la réponse doit se retrouver.

L'équipe 8 Academy · 10 min de lecture
Une personne en costume tend un stylo par-dessus un document posé sur une table, face à une autre personne aux mains croisées

Les huit questions se posent par écrit, avant le rendez-vous de signature. Les réponses s'annexent au contrat.

La réponse courte

Huit questions suffisent, et trois d'entre elles sont éliminatoires : vos données servent-elles à entraîner un modèle, où sont-elles hébergées et sous quelle juridiction, et que récupérez-vous si vous arrêtez. Posez-les par écrit avant la signature, exigez des réponses écrites, et faites-les annexer au contrat. Une réponse évasive sur l'une des trois vaut un refus : ce sont les seuls points qu'on ne rattrape jamais après signature.

Un dirigeant de PME qui cherche « clauses contrat IA » atterrit sur des notes de cabinets d'avocats. Elles sont exactes, et elles ne lui servent à rien : elles décrivent ce qu'il faudrait écrire dans un contrat qu'il n'écrira pas. Le contrat lui sera présenté par le prestataire, en conditions générales, à prendre ou à laisser sur l'essentiel.

Ce constat n'est pas décourageant, il est libérateur. Il déplace le travail utile en amont, dans un exercice que vous savez faire : poser des questions précises et écouter comment on y répond.

Pourquoi vous n'avez pas besoin d'un avocat pour les huit premières questions

Trois raisons, et la troisième est la plus importante.

Parce que ces huit questions sont factuelles, pas juridiques. « Où sont hébergées mes données ? » se répond par un nom de pays. « Que récupère-t-on en partant ? » se répond par une liste de formats de fichiers. Aucune de ces réponses ne demande une qualification en droit ; toutes demandent une réponse écrite.

Parce que la façon de répondre vous renseigne autant que la réponse. Un prestataire sérieux a déjà ces réponses prêtes, souvent dans une fiche. Un prestataire qui improvise, qui vous renvoie à « nos conditions générales », ou qui vous répond par une reformulation rassurante sans contenu, vous a livré une information majeure sans le savoir.

Parce que le coût d'un juriste, à ce stade, se dépense mal. Faire relire un contrat de trois ans après signature ne sert à rien ; faire relire dix contrats qu'on n'a pas encore décidé de signer coûte cher. La bonne séquence est de filtrer vous-même sur les huit questions, puis de payer une relecture ciblée sur deux points précis, comme nous le détaillons à la fin.

Un détour utile avant même de solliciter des propositions : la puissance publique met à disposition des outils de cadrage qui ne coûtent rien et qui vous font arriver avec un besoin formulé plutôt qu'avec une envie. Un dirigeant qui sait ce qu'il achète pose de meilleures questions, et se fait moins facilement vendre le périmètre du prestataire à la place du sien. Nous avons décrit le plan Osez l'IA et ses deux briques gratuites de cadrage, ainsi que le diagnostic d'expert subventionné qui existe au-dessus, avec son reste à charge réel.

Cette compétence d'achat fait partie de la compétence IA, exactement comme la capacité à écrire une consigne utile. Un dirigeant formé pose les huit questions en vingt minutes et évite un engagement de trois ans. C'est le même raisonnement que celui qui nous fait publier la grille d'arbitrage entre faire développer un outil et former ses équipes : la décision d'achat précède l'outil.

Les huit questions, et le poids de chacune dans la décision

Trois sont éliminatoires : une réponse évasive suffit à écarter le prestataire. Les cinq autres se négocient.

ÉliminatoireImportantÀ négocier
Les huit questions à poser à un prestataire IA et le poids de chacune Question 1, entraînement sur vos données : éliminatoire, il faut un non écrit. Question 2, hébergement et juridiction : éliminatoire, hors Union européenne sans garantie est rédhibitoire. Question 3, modèle utilisé et ses changements : important, un flou annonce des factures. Question 4, réversibilité à la sortie : éliminatoire, vos données doivent être exportables. Question 5, responsabilité en cas d'erreur : important, exigez un plafond chiffré. Question 6, conformité à l'AI Act : important, qui est fournisseur et qui est déployeur. Question 7, sous-traitants de la chaîne : important, exigez la liste écrite. Question 8, durée et reconduction : à négocier, douze mois maximum pour un premier contrat. 1 · Entraînement sur vos données Éliminatoire un « non » écrit, ou vous ne signez pas 2 · Hébergement et juridiction Éliminatoire hors UE sans garantie = rédhibitoire 3 · Modèle utilisé, et ses changements Important un flou ici annonce des factures 4 · Réversibilité à la sortie Éliminatoire vos données doivent être exportables 5 · Responsabilité en cas d'erreur Important exigez un plafond chiffré 6 · Conformité à l'AI Act Important fournisseur ou déployeur : qui est qui 7 · Sous-traitants de la chaîne Important la liste écrite, pas « des partenaires » 8 · Durée et reconduction À négocier 12 mois maximum au premier contrat
Les trois questions éliminatoires portent toutes sur vos données ou votre liberté de partir. Ce sont les deux seules choses qu'aucun avenant ne rattrape après signature.

Question 1 : vos données servent-elles à entraîner un modèle ?

La formulation exacte à envoyer. « Les contenus que nous saisissons, les fichiers que nous déposons et les sorties produites sont-ils utilisés pour entraîner, affiner ou améliorer un modèle, le vôtre ou celui d'un tiers ? Merci de répondre par oui ou non, et de m'indiquer l'article de vos conditions qui le prévoit. »

La bonne réponse. « Non, aucune utilisation pour l'entraînement, et voici l'article. » Une variante acceptable existe : « non par défaut, avec une option d'activation désactivée chez vous ». Notez au passage que les grands éditeurs traitent cette question de façon désormais lisible — Anthropic indique par exemple que l'amélioration des modèles est désactivée par défaut sur ses produits grand public. Un prestataire plus petit doit pouvoir en dire autant, ou expliquer pourquoi il ne peut pas.

Le signal d'alarme. « Vos données sont anonymisées » en réponse à une question sur l'entraînement. Ce n'est pas une réponse : l'anonymisation est un traitement, pas une non-utilisation. Deuxième signal : « c'est le fournisseur du modèle qui gère ça, pas nous ». Cela signifie que votre interlocuteur ne maîtrise pas sa propre chaîne.

Où la réponse doit se retrouver. Dans le contrat de sous-traitance, à la rubrique des finalités autorisées. Et vérifiez au passage le même réglage sur vos comptes directs : les douze points sont dans notre guide des réglages à faire avant d'ouvrir l'IA à vos équipes.

Question 2 : où sont hébergées les données, et sous quelle juridiction ?

La formulation exacte. « Dans quels pays sont stockées les données au repos, dans quels pays sont-elles traitées, et quelle juridiction s'applique au contrat ? Merci d'indiquer les pays, pas les régions commerciales. »

La bonne réponse. Des noms de pays, et une juridiction que vous pouvez saisir sans passer par un tribunal étranger. « Stockage en Irlande et en France, traitement dans l'Union, droit français » est une réponse. « Cloud européen » n'en est pas une.

Le signal d'alarme. La confusion entre localisation et conformité, dans les deux sens. Un prestataire qui vous dit « nos serveurs sont en France, donc vous êtes conforme » raconte n'importe quoi : l'hébergement ne règle ni la base légale, ni la minimisation, ni l'information des personnes. Nous développons ce point dans notre article sur l'IA souveraine et les solutions européennes, et le cadre général dans notre guide de l'IA et du RGPD en PME.

Où la réponse doit se retrouver. Dans une annexe nommée, pas dans un courriel commercial — avec l'engagement de vous notifier tout changement de localisation.

Question 3 : quel modèle utilisez-vous, et que se passe-t-il quand il change ?

La formulation exacte. « Quel modèle d'IA sous-tend le service aujourd'hui, de quel fournisseur, et dans quelle version ? Si ce modèle est retiré ou remplacé, qui adapte le service, dans quel délai, et qui paie ? »

La bonne réponse. Un nom, un fournisseur, et une clause de continuité : le prestataire assume l'adaptation, sans surcoût, avec un préavis. Un prestataire honnête ajoutera que la qualité des sorties peut varier après un changement de modèle, et proposera une phase de vérification. C'est une bonne réponse, pas un aveu de faiblesse.

Le signal d'alarme. « Nous utilisons une IA propriétaire » sans autre précision. Dans la quasi-totalité des cas, cela signifie qu'un modèle du marché est appelé derrière une interface — ce qui n'est pas un problème en soi, mais le dissimuler en est un. Deuxième signal : un devis d'évolution laissé « à étudier le moment venu ». C'est là que se logent les factures de la deuxième année, comme nous le chiffrons dans notre coût comparé sur vingt-quatre mois.

Où la réponse doit se retrouver. Dans une clause de continuité de service, avec le barème d'une éventuelle adaptation hors périmètre.

Question 4 : que récupère-t-on si on arrête ? (réversibilité)

La formulation exacte. « Si nous résilions au mois 14, que récupérons-nous exactement — données saisies, documents déposés, historiques, paramétrages, contenus produits — sous quels formats, dans quel délai, et à quel prix ? Que devient ce qui reste chez vous, et sous combien de temps est-ce détruit ? »

La bonne réponse. Une liste, des formats ouverts (CSV, JSON, PDF), un délai chiffré, et la gratuité de l'export. Plus une durée de suppression après résiliation, avec attestation sur demande.

Le signal d'alarme. « Vous pourrez tout exporter depuis l'interface. » Demandez à le voir en démonstration, tout de suite. Dans un nombre étonnant de cas, l'export existe pour une partie seulement des données — souvent tout sauf ce qui a de la valeur : les paramétrages, les historiques de conversations, les bases documentaires indexées. C'est exactement ce qui fait de la réversibilité une question éliminatoire.

Où la réponse doit se retrouver. Dans une clause de réversibilité distincte de la clause de résiliation. Les deux sont souvent confondues, et l'une ne remplace pas l'autre.

Un contrat sur la table et un doute ?

Le diagnostic 8 Academy de 30 minutes passe les huit questions sur votre cas, relit les réponses que le prestataire vous a données, et vous dit lesquelles ne sont pas des réponses.

Réserver un diagnostic

Questions 5 à 8 : responsabilité, conformité AI Act, sous-traitants, durée

Question 5 : qui est responsable si la sortie est fausse ?

La formulation : « Si une sortie erronée du service cause un dommage à notre entreprise ou à un client, quelle est votre responsabilité, à quel plafond, et êtes-vous assuré pour cela ? » La bonne réponse comporte un plafond chiffré et une attestation d'assurance. Le signal d'alarme est l'exonération totale — « le service est fourni en l'état, l'utilisateur reste seul responsable des sorties » — quand le prestataire a lui-même conçu l'outil et choisi le modèle. À l'inverse, un engagement de défense en cas de plainte pour violation du droit d'auteur, du type de celui que Microsoft prévoit dans ses conditions produit pour ses Copilots commerciaux, est un signal très favorable : demandez-le, et demandez à quelles conditions il s'applique. Ce mécanisme, et les précautions qui vont avec, sont détaillés dans notre article sur les droits attachés aux contenus générés par IA.

Question 6 : où vous situez-vous dans l'AI Act, et où me situez-vous ?

La formulation : « Au regard du règlement européen sur l'IA, êtes-vous fournisseur du système ? Nous considérez-vous comme déployeur ? Le système relève-t-il selon vous du haut risque, et si oui à quel titre ? » La bonne réponse est claire et assumée. Le signal d'alarme n'est pas l'incertitude — elle est légitime sur certains cas — mais le refus de se positionner par écrit. Deux points méritent votre vigilance propre. D'abord, le règlement prévoit que vous pouvez devenir fournisseur sans le vouloir : c'est le cas si vous apposez votre nom ou votre marque sur un système à haut risque déjà mis sur le marché, si vous le modifiez substantiellement, ou si vous en changez la destination de telle sorte qu'il devienne à haut risque. Ensuite, si le système est effectivement à haut risque, les obligations du déployeur vous incombent : usage conforme aux instructions, personnes qualifiées pour la supervision humaine, conservation des journaux générés automatiquement pendant au moins six mois, et information préalable des représentants du personnel et des salariés concernés avant la mise en service sur le lieu de travail. L'état du calendrier applicable est suivi dans notre article sur le calendrier de l'AI Act après le Digital Omnibus, et l'obligation de maîtrise de l'IA, déjà applicable, dans notre article sur la formation rendue obligatoire.

Question 7 : quelle est la liste écrite de vos sous-traitants ?

La formulation : « Merci de nous communiquer la liste nominative de vos sous-traitants ultérieurs, leur rôle et leur pays d'établissement, ainsi que la procédure de notification en cas de changement. » La bonne réponse est une liste. Le signal d'alarme est « nos partenaires technologiques », au pluriel indéfini. Ce point n'est pas une coquetterie de juriste : sur un traitement de données personnelles, la relation avec le sous-traitant doit être encadrée par un contrat, et la CNIL indique que ce contrat peut être fondé en tout ou partie sur des clauses contractuelles types. Sans la liste, vous ne pouvez pas tenir votre propre registre.

Question 8 : quelle est la durée d'engagement, et comment y met-on fin ?

La formulation : « Quelle est la durée initiale, la reconduction est-elle tacite, quel est le préavis de dénonciation, et le prix peut-il être révisé pendant la période ? » La bonne réponse pour un premier contrat : douze mois maximum, dénonçable avec un préavis raisonnable, prix figé sur la durée. C'est la seule des huit questions où votre marge de négociation est réellement grande, parce que la durée est ce que le prestataire veut le plus. Servez-vous-en : acceptez le tarif affiché, obtenez la durée courte. Le signal d'alarme est l'engagement de trente-six mois avec reconduction tacite et indexation — la combinaison qui transforme un essai en rente.

QuestionLa bonne réponseLe signal d'alarmeOù elle doit se retrouver
1. Entraînement« Non », avec l'article des conditions cité« Vos données sont anonymisées »Contrat de sous-traitance, finalités autorisées
2. HébergementDes noms de pays et une juridiction saisissable« Cloud européen », sans plusAnnexe de localisation, avec notification des changements
3. ModèleNom, fournisseur, version, et clause de continuité« Notre IA propriétaire », sans détailClause de continuité de service et barème d'évolution
4. RéversibilitéListe, formats ouverts, délai, gratuité« Vous exporterez depuis l'interface »Clause de réversibilité distincte de la résiliation
5. ResponsabilitéPlafond chiffré + attestation d'assuranceExonération totale « service fourni en l'état »Clause de responsabilité et annexe d'assurance
6. AI ActPositionnement écrit : fournisseur / déployeur / haut risqueRefus de se positionner par écritAnnexe de conformité réglementaire
7. Sous-traitantsListe nominative, rôles, pays, procédure de changement« Nos partenaires technologiques »Annexe des sous-traitants ultérieurs
8. Durée12 mois, dénonçable, prix figé36 mois, tacite, indexéCorps du contrat, article de durée

Grille de notation à imprimer et à remplir pendant le rendez-vous. Une colonne vide en fin d'entretien est une réponse en soi.

Le courriel ci-dessous rassemble les huit questions dans une forme envoyable telle quelle. Envoyez-le avant le rendez-vous commercial, pas après : vous verrez ce que le prestataire prépare, et non ce qu'il improvise.

Courriel à envoyer au prestataire avant le rendez-vous
Objet : huit points à clarifier avant notre rendez-vous

Bonjour,

Avant d'avancer, nous avons besoin de réponses écrites aux huit
points ci-dessous. Elles seront annexées au contrat s'il y a
contrat. Merci d'indiquer « non applicable » plutôt que de laisser
un point sans réponse.

1. ENTRAÎNEMENT — Nos contenus, fichiers et sorties sont-ils
   utilisés pour entraîner, affiner ou améliorer un modèle, le
   vôtre ou celui d'un tiers ? Oui / non, et l'article concerné.

2. HÉBERGEMENT — Pays de stockage, pays de traitement, juridiction
   applicable au contrat. Des pays, pas des régions commerciales.

3. MODÈLE — Quel modèle, quel fournisseur, quelle version ?
   S'il est retiré ou remplacé : qui adapte, en combien de temps,
   qui paie ?

4. RÉVERSIBILITÉ — Si nous résilions au mois 14 : que récupérons-
   nous exactement, sous quels formats, dans quel délai, à quel
   prix ? Que devient ce qui reste chez vous, et sous quel délai
   est-ce détruit ?

5. RESPONSABILITÉ — En cas de sortie erronée causant un dommage :
   quelle est votre responsabilité, à quel plafond, et quelle est
   votre couverture d'assurance ?

6. AI ACT — Êtes-vous fournisseur du système au sens du règlement
   (UE) 2024/1689 ? Nous considérez-vous comme déployeur ? Le
   système relève-t-il du haut risque, et à quel titre ?

7. SOUS-TRAITANTS — Liste nominative de vos sous-traitants
   ultérieurs, leur rôle, leur pays, et la procédure de
   notification en cas de changement.

8. DURÉE — Durée initiale, reconduction tacite ou non, préavis de
   dénonciation, possibilité de révision du prix.

Merci également de nous indiquer le nom de la personne qui
assurera l'exploitation courante et ses modalités de remplacement.

Bien cordialement,

Les trois réponses éliminatoires

Il ne s'agit pas de trois questions mais de trois réponses : quelle que soit la qualité du reste, elles doivent mettre fin à la discussion.

Le même contrat, selon que les huit questions ont été posées ou non

Quatre points sur lesquels l'écart se joue entièrement avant la signature, jamais après.

Ce que vous découvrez en cours de routeCe que vous savez et détenez par écrit
Comparaison d'un contrat signé sans puis avec les huit questions posées par écrit Sans les huit questions : vos saisies alimentent l'amélioration du produit ; l'hébergement hors Union européenne est découvert au mois huit ; aucun export réel de vos paramétrages ; trente-six mois avec reconduction tacite et prix indexé. Avec les huit questions posées par écrit : non-utilisation pour l'entraînement écrite au contrat ; pays de stockage et juridiction nommés ; export garanti en formats ouverts avec un délai chiffré ; douze mois, dénonçable, prix figé. Sans les huit questions Avec les huit questions, par écrit Vos saisies alimentent l'amélioration Hébergement hors UE découvert au mois 8 Aucun export réel de vos paramétrages 36 mois, tacite, prix indexé Non-utilisation pour l'entraînement, écrite Pays de stockage et juridiction nommés Export garanti, formats ouverts, délai 12 mois, dénonçable, prix figé

Cadre juridique des exigences de la colonne de droite : CNIL, contrat de sous-traitance (article 28 du RGPD) et règlement (UE) 2024/1689, article 26.

Aucun de ces quatre écarts ne se corrige par avenant. Ils se décident dans les vingt minutes où vous posez les questions, ou pas du tout.

Une remarque de méthode : consignez ces réponses par écrit, même quand vous renoncez. Cela vous fait un dossier comparatif réutilisable au prochain achat, et cela alimente le classeur que le référent IA tient à jour — rôle décrit dans notre article sur le référent IA en PME. C'est aussi ce type de trace que vous voudrez pouvoir montrer si votre déploiement est examiné, comme le prévoit la politique IA d'une page.

Faire relire par un juriste : les deux seuls points qui le justifient

Après le filtre des huit questions, deux sujets méritent réellement l'œil d'un professionnel du droit, et deux seulement.

Premier point : le contrat de sous-traitance des données personnelles. Dès que l'outil traite des données de vos salariés, de vos clients ou de vos candidats, la relation entre vous et le prestataire relève de l'article 28 du RGPD : elle doit être encadrée par un contrat dont le contenu est déterminé, et qui peut s'appuyer sur les clauses contractuelles types publiées par la CNIL. C'est le document sur lequel une relecture d'une heure a le meilleur rapport coût-bénéfice de tout le dossier.

Second point : la clause de responsabilité et son articulation avec vos assurances. C'est là que se joue le montant réel de votre exposition, et c'est aussi le seul endroit où un juriste peut vous faire gagner de l'argent en négociation plutôt qu'en sécurité. Faites-lui lire la clause du prestataire et votre police, ensemble.

Tout le reste — durée, niveaux de service, propriété des développements, pénalités — se négocie sans avocat, à condition d'avoir les huit réponses écrites. Et si le sujet de la sécurité technique entre dans la discussion, l'ANSSI a publié un guide de recommandations de sécurité pour les systèmes d'IA générative qui couvre la conception, l'entraînement, le déploiement et la production : c'est la référence à citer pour demander à un prestataire de se situer, sans avoir à devenir expert vous-même.

Une dernière remarque, qui remet ces huit questions à leur place. Un bon achat ne remplace pas une bonne pratique. Le meilleur contrat du monde ne produira aucun gain si personne n'utilise l'outil correctement — c'est le mécanisme que nous décrivons dans nos sept erreurs de déploiement IA, et la raison pour laquelle nous plaçons la formation avant l'outillage dans le plan de montée en compétences sur 90 jours. Pour situer votre point de départ, le test de maturité IA prend dix minutes ; pour comparer des outils avant même de parler contrat, le comparateur d'outils IA est fait pour ça, et la question du nombre d'abonnements est traitée dans notre article sur la dotation en licences IA. Le paysage général est dans le guide de l'IA en PME, l'angle dirigeant dans le parcours direction, et notre offre dans la présentation de la formation IA pour les équipes de PME. Le budget d'ensemble, enfin, est chiffré dans notre article sur le coût de l'IA en PME.

À retenir

Vous ne rédigerez pas le contrat de votre fournisseur d'IA : votre marge de manœuvre est entièrement en amont. Huit questions, envoyées par écrit avant le rendez-vous commercial, suffisent à écarter la majorité des mauvaises affaires. Trois sont éliminatoires — l'entraînement sur vos données, l'hébergement et la juridiction, la réversibilité — parce que ce sont les seuls points qu'aucun avenant ne rattrape après signature. Les cinq autres se négocient, et la durée est celle où vous avez le plus de pouvoir : acceptez le tarif affiché, obtenez douze mois au lieu de trente-six. Attention à deux pièges de conformité : vous pouvez devenir fournisseur au sens du règlement européen sans le vouloir, en apposant votre marque, en modifiant substantiellement un système ou en changeant sa destination ; et si le système est à haut risque, vous devez conserver les journaux au moins six mois et informer les représentants du personnel avant sa mise en service. Ne payez un juriste que sur deux points : le contrat de sous-traitance des données et la clause de responsabilité confrontée à vos assurances.

Quelles sont les obligations d'un prestataire de service ?+
Au-delà des obligations générales de tout prestataire — exécuter la prestation convenue, informer, conseiller, respecter les délais — un prestataire d'IA en porte deux de plus, et ce sont celles qu'il faut vérifier. S'il traite des données personnelles pour votre compte, il est sous-traitant au sens du RGPD : la relation doit être encadrée par un contrat, éventuellement fondé sur les clauses contractuelles types publiées par la CNIL. Et s'il fournit un système d'IA relevant du règlement européen, il porte les obligations du fournisseur, que le règlement distingue soigneusement de celles du déployeur que vous êtes. Demandez-lui d'écrire dans quelle case il se place, et dans laquelle il vous place.
Quelles sont les clauses importantes d'un contrat de prestation informatique ?+
Cinq clauses portent l'essentiel du risque réel dans un contrat de prestation informatique appliqué à l'IA. La clause de non-utilisation de vos données pour l'entraînement des modèles. La clause de localisation des données et de juridiction applicable. La clause de réversibilité, qui dit ce que vous récupérez à la sortie, sous quel format et dans quel délai. La clause de responsabilité, avec un plafond chiffré et l'articulation avec l'assurance du prestataire. Et la clause de durée, de reconduction et de révision de prix. Les mentions relatives aux niveaux de service et à la propriété des développements comptent aussi, mais elles se négocient plus facilement une fois les cinq premières verrouillées.
Quelles sont les clauses obligatoires d'un contrat de prestation de service ?+
Un contrat de prestation de service entre professionnels est largement libre : ce qui est obligatoire tient à l'identification des parties, à la définition de la prestation, au prix ou à ses modalités de détermination, et aux mentions imposées par des textes spéciaux. C'est le cas du contrat de sous-traitance de données personnelles : l'article 28 du RGPD impose un contrat et un contenu déterminé, et la CNIL rappelle que ce contrat peut être fondé en tout ou partie sur des clauses contractuelles types. Autrement dit, sur un outil d'IA qui traite des données de vos salariés ou de vos clients, l'absence de contrat de sous-traitance n'est pas une négligence commerciale : c'est un manquement.
Quelles sont les différentes clauses possibles dans un contrat ?+
La liste est longue et la lire in extenso n'aide pas un dirigeant. La façon utile de s'y prendre est de classer les clauses par ce qu'elles protègent. Celles qui protègent vos données : non-entraînement, localisation, durée de conservation, sous-traitants. Celles qui protègent votre liberté : durée, réversibilité, export, révision de prix. Celles qui protègent votre argent : responsabilité, plafond, pénalités, niveaux de service. Celles qui protègent votre conformité : qualification au regard du règlement européen sur l'IA, journalisation, information des salariés. Concentrez la négociation sur les deux premières familles : ce sont celles qu'on ne peut pas rattraper après signature.

Sources

  1. Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), article 25, responsabilités le long de la chaîne de valeur — les trois cas dans lesquels un distributeur, un importateur, un déployeur ou un tiers devient fournisseur : apposition de son nom ou de sa marque, modification substantielle, changement de destination faisant basculer le système en haut risque. Consulté le 27/07/2026.
  2. Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), article 26, obligations des déployeurs de systèmes à haut risque — usage conforme aux instructions, supervision par des personnes disposant de la compétence, de la formation et de l'autorité nécessaires, conservation des journaux pendant au moins six mois, information des représentants du personnel et des salariés concernés avant la mise en service sur le lieu de travail. Consulté le 27/07/2026.
  3. Texte consolidé du règlement (UE) 2024/1689 sur EUR-Lex — version française de référence, à consulter pour le libellé exact des articles 25 à 27.
  4. CNIL, « Sous-traitant » — les traitements confiés à un sous-traitant doivent être encadrés par un contrat avec le responsable de traitement, contrat qui peut être fondé totalement ou partiellement sur des clauses contractuelles types. Consulté le 27/07/2026.
  5. RGPD, chapitre IV, article 28 (texte publié par la CNIL) — contenu obligatoire du contrat de sous-traitance.
  6. CNIL, « Les questions-réponses sur l'utilisation d'un système d'IA générative » — s'interroger sur son rôle et celui du fournisseur au regard des traitements, ne jamais partager d'informations confidentielles, former les utilisateurs aux limites du système.
  7. ANSSI, « Recommandations de sécurité pour un système d'IA générative » (29 avril 2024) — sécurisation de l'architecture, de la phase de conception et d'entraînement jusqu'au déploiement et à l'utilisation en production. Nous n'attribuons ici aucune exigence contractuelle précise à ce guide : le détail figure dans le document téléchargeable.
  8. Microsoft, « Microsoft announces new Copilot Copyright Commitment for customers » et Microsoft Learn, « Customer Copyright Commitment Required Mitigations » — exemple d'engagement contractuel de défense réellement publié, et conditions à remplir pour en bénéficier. Consultés le 27/07/2026.
  9. Anthropic, centre de confidentialité, utilisation des données personnelles pour l'entraînement — amélioration des modèles désactivée par défaut sur les produits grand public ; durées de conservation détaillées.