La réponse courte
Ouvrir un outil d'IA à vos équipes déclenche une information-consultation du CSE au titre de l'introduction de nouvelles technologies. La sanction n'est pas une amende : depuis février 2025, des juridictions françaises ordonnent la suspension du déploiement jusqu'à la fin de la consultation, sous astreinte. Le délai à prévoir est d'un mois après la remise des informations écrites, deux avec expertise.
Commençons par le fait qui déplace le curseur. La question n'est plus de savoir si l'introduction de l'IA dans une entreprise relève du dialogue social : plusieurs juridictions françaises l'ont tranchée, et elles ont tranché dans le même sens. Ce qui reste à savoir, c'est comment s'y prendre pour que la consultation soit un passage et non un mur.
Un avertissement d'entrée : cet article établit un état de la jurisprudence à une date, avec ses sources, et propose une méthode. Il ne remplace pas l'avis d'un avocat en droit social sur votre situation, et nous indiquons explicitement les points que nous n'avons pas pu vérifier au texte des décisions.
Quatre projets IA suspendus par un juge : ce qui s'est passé
Quatre décisions de première instance, plus un arrêt d'appel, dessinent une ligne cohérente.
Nanterre, 14 février 2025
Une entreprise informe son CSE en janvier 2024 d'un projet de déploiement de plusieurs applications recourant à l'IA. Elle n'engage la consultation qu'en septembre 2024 — et déploie certains outils avant sa clôture. Le juge des référés y voit un trouble manifestement illicite, ordonne la suspension de l'utilisation des outils jusqu'à la fin de la consultation sous astreinte de 1 000 euros par manquement, et condamne l'entreprise à une provision de 5 000 euros. Le nom de l'entreprise n'est pas public : nous ne l'inventons pas.
Créteil, 15 juillet 2025
Deux filiales du groupe Infopro Digital, Groupe Moniteur et Groupe Industrie Services Info, avaient intégré à leur intranet un assistant rédactionnel interne — transcription, synthèse, reformulation — et un accès à ChatGPT encadré par une charte informatique, sans consulter le CSE malgré ses demandes répétées. Le tribunal juge que l'IA constitue une technologie nouvelle dont le déploiement est de nature à affecter les conditions de travail, et ordonne la suspension de l'usage des outils jusqu'à la fin de la consultation.
Paris, 2 septembre 2025 — France Télévisions
C'est la décision la mieux documentée, et la plus instructive parce qu'elle est partiellement défavorable au CSE. Le litige portait sur deux projets : une plateforme d'accès à des outils d'IA générative destinée à 1 500 salariés, et un agent conversationnel RH existant depuis 2022, enrichi d'un grand modèle de langage. Le juge relève « qu'il est manifeste qu'une technologie faisant appel à l'intelligence artificielle est une technologie nouvelle » et « qu'il suffit que la mise en œuvre des nouvelles technologies soit susceptible d'avoir un impact sur la situation des travailleurs » — l'impact n'a donc pas à être déjà constaté. Il enjoint la suspension du déploiement de la plateforme et la convocation du CSE central, sous astreinte de 1 500 euros par jour pendant six mois. Mais il rejette la demande relative à l'agent conversationnel RH : le comité avait été consulté en 2022 sur la première version, et les évolutions n'ont pas été jugées suffisamment significatives pour exiger une nouvelle consultation.
Cette nuance est la plus utile de tout l'article pour un dirigeant : une évolution d'outil déjà consulté ne redéclenche pas mécaniquement une consultation. Encore faut-il pouvoir prouver la consultation initiale, ce qui suppose de l'avoir consignée.
Nanterre, 29 janvier 2026
Le remplacement d'un outil RH de gestion des talents par deux logiciels intégrant de l'IA, sans consultation du CSE central, entraîne la suspension du déploiement sous astreinte de 500 euros par jour. Le motif est intéressant : remplacer un logiciel existant par un logiciel plus performant intégrant de l'IA constitue bien l'introduction d'une technologie nouvelle. L'argument « ce n'est qu'une mise à jour » ne tient pas.
Cour d'appel de Paris, 21 mai 2026
La cour d'appel de Paris, pôle 1 chambre 2, a statué sur l'appel de l'affaire de Créteil et confirmé la suspension de l'usage des outils dans l'attente de la consultation. Le motif rapporté est frappant : « aucun logiciel bureautique ne pouvait auparavant prétendre à la reproduction de capacités intellectuelles ».
Nous devons ici être précis sur ce que nous n'avons pas pu établir. L'existence de l'arrêt, sa date, sa juridiction et son objet sont confirmés par une base de jurisprudence indépendante. En revanche, nous n'avons pas pu lire le texte intégral de l'arrêt, deux liens vers des sources officielles cités par des cabinets se sont révélés inaccessibles, et il est possible que deux arrêts jumeaux aient été rendus le même jour — un par société concernée — ce qui expliquerait la divergence de numéros de dossier entre les commentaires publiés. Nous citons donc cette décision pour ce qu'elle est : une confirmation en appel, dont la portée exacte reste à vérifier au texte.
Le contre-exemple qu'il faut connaître
La jurisprudence n'est pas univoque, et l'oublier serait malhonnête. En 2018, la Cour de cassation a rejeté l'expertise demandée par un CHSCT à propos du déploiement d'un système d'IA connu dans un établissement bancaire, en jugeant les conséquences sur les conditions de travail trop mineures. Le critère n'est donc pas « il y a de l'IA », mais « l'impact sur les conditions de travail est-il significatif ». Ce qui a changé depuis 2018 n'est pas le droit : c'est la nature des outils, qui touchent désormais le cœur du travail intellectuel de presque tous les postes.
Ce que dit exactement le Code du travail
Deux articles portent l'essentiel, et il faut les lire au texte plutôt que dans un résumé.
L'article L. 2312-8, en son II, dispose que « le comité est informé et consulté sur les questions intéressant l'organisation, la gestion et la marche générale de l'entreprise », et énumère notamment, en son 4°, « l'introduction de nouvelles technologies, tout aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail ». Le mot « notamment » est important : la liste n'est pas limitative.
L'article L. 2312-24 porte la consultation sur « les orientations stratégiques de l'entreprise, définies par l'organe chargé de l'administration ou de la surveillance » et sur leurs répercussions sur l'activité, l'emploi, l'évolution des métiers et des compétences, l'organisation du travail et le recours à la sous-traitance. Un projet d'IA d'ampleur touche les deux fondements, et c'est là qu'une confusion coûteuse se produit : avoir évoqué l'IA dans la consultation annuelle sur les orientations stratégiques ne dispense pas de consulter sur le projet lui-même.
Le troisième texte à connaître est réglementaire, et c'est celui qui commande votre calendrier. L'article R. 2312-6 prévoit qu'à défaut d'accord, « le comité social et économique est réputé avoir été consulté et avoir rendu un avis négatif à l'expiration d'un délai d'un mois », que « en cas d'intervention d'un expert, le délai mentionné au premier alinéa est porté à deux mois », et qu'il est « porté à trois mois en cas d'intervention d'une ou plusieurs expertises dans le cadre de consultation se déroulant à la fois au niveau du comité social et économique central et d'un ou plusieurs comités sociaux économiques d'établissement ».
À défaut d'accord, l'avis est réputé rendu — et négatif — au bout d'un mois
Délais légaux de consultation du CSE, en mois, à compter de la mise à disposition des informations écrites.
Source : Légifrance, article R. 2312-6 du Code du travail (en vigueur depuis le 1er janvier 2018).
Une conséquence pratique que beaucoup de dirigeants ignorent : un avis défavorable n'empêche pas le déploiement. Ce que le juge sanctionne, c'est l'absence de consultation ou son caractère tardif, jamais le fait d'avoir décidé contre l'avis du comité. La consultation est une formalité substantielle, pas un droit de veto.
La seconde obligation, européenne, que personne ne raccorde à la première
Le Code du travail n'est pas seul sur ce terrain. Le règlement européen sur l'intelligence artificielle impose une obligation d'information distincte et cumulative, et aucun des contenus français sur la consultation du CSE ne la mentionne. Le paragraphe 7 de son article 26 est explicite : « Avant de mettre en service ou d'utiliser un système d'IA à haut risque sur le lieu de travail, les déployeurs qui sont des employeurs informent les représentants des travailleurs et les travailleurs concernés qu'ils seront soumis à l'utilisation du système d'IA à haut risque. »
Trois précisions pour ne pas s'affoler, et une pour ne pas se rassurer à tort. Cette obligation ne vise que les systèmes qualifiés à haut risque, pas l'ouverture d'un assistant généraliste : un outil de tri de candidatures ou de suivi des performances y entre, un accès à ChatGPT pour rédiger des comptes rendus, non. Elle s'applique au 2 décembre 2027 pour les systèmes de l'annexe III, depuis l'entrée en vigueur du règlement (UE) 2026/1744, le 27 juillet 2026. Et elle est une obligation d'information, non de consultation : elle ne vous dispense donc en rien de la consultation du Code du travail. Pour savoir si votre projet relève du haut risque, l'outil de qualification est dans notre autodiagnostic annexe III en huit questions.
Ce qui ne rassure pas, en revanche : sur un projet d'IA de recrutement, les deux obligations tombent ensemble, au même moment, devant les mêmes personnes. Autant les traiter dans la même séquence et dans la même note — c'est précisément ce que fait le modèle donné plus bas. Et le manquement à l'article 26 est, lui, directement sanctionné par le règlement : il figure dans la liste limitative du paragraphe 4 de l'article 99, avec un plafond de 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial, ramené pour une PME au plus faible des deux montants en vertu du paragraphe 6. À comparer au risque français, qui n'est pas financier mais opérationnel : l'arrêt du projet.
Votre projet déclenche-t-il une consultation ? Cinq questions
Cinq questions fermées suffisent à trancher dans la quasi-totalité des cas. Une seule réponse positive appelle une consultation.
- L'outil sera-t-il utilisé dans le travail quotidien de plusieurs salariés ? Un test par une personne pendant deux semaines n'est pas un déploiement. Trente accès ouverts, si.
- Modifie-t-il la façon de produire le travail ? Rédiger, trier, résumer, analyser à la place de la personne, même partiellement, touche au contenu du poste.
- Remplace-t-il ou complète-t-il un logiciel existant ? Une décision de janvier 2026 le confirme : substituer un outil plus performant intégrant de l'IA est bien une introduction de technologie nouvelle.
- Produit-il des éléments susceptibles d'influencer une décision concernant une personne ? Tri de candidatures, évaluation, mesure de productivité : dans ce cas la consultation est d'autant plus attendue, et le sujet croise l'AI Act — voir l'autodiagnostic annexe III des systèmes d'IA à haut risque.
- Le déploiement s'accompagne-t-il d'une réorganisation, d'une évolution de fiches de poste ou d'un plan de formation ? Alors il touche aussi les orientations stratégiques et l'évolution des métiers.
Un cas fréquent mérite d'être traité à part : les outils déjà là, arrivés sans décision, par initiative individuelle. C'est ce que nous appelons le shadow AI, et l'interdire aggrave toujours la situation. Régulariser suppose précisément de passer par la consultation, ce qui est une bonne nouvelle : vous n'avez pas à choisir entre reconnaître l'existant et respecter le droit.
Pourquoi les juges ne voient pas « un outil de plus »
L'argument que les entreprises ont tenté, et qui a échoué à chaque fois : ChatGPT n'est qu'un logiciel supplémentaire, comme un traitement de texte. Les juridictions ont répondu que non, et leur raisonnement est solide.
D'abord parce que ces outils portent sur la substance intellectuelle du travail : ils rédigent, synthétisent, arbitrent, ce qu'aucun tableur ne faisait. Ensuite parce que le critère légal est bas : il suffit que la mise en œuvre soit susceptible d'avoir un impact sur la situation des travailleurs. Enfin parce que l'inquiétude des salariés sur la pérennité de leur poste est un fait social documenté, que nous traitons dans notre dossier sur l'IA et l'emploi dans les PME. Un comité qui découvre un déploiement par la bande transforme cette inquiétude en conflit.
Le raisonnement inverse est aussi vrai, et c'est votre meilleure carte : un projet présenté avec son plan de formation est un projet qui outille les salariés au lieu de les remplacer. Nous y revenons à la fin de cet article.
Trois pages bien écrites valent mieux qu'une réunion improvisée.
Le diagnostic 8 Academy de 30 minutes vous aide à cadrer votre projet IA en termes présentables au CSE : usages visés, données concernées, impact réel sur les postes, plan de formation associé.
La séquence à respecter, du cadrage à l'avis motivé
Voici la séquence que nous faisons construire en atelier. Les délais indiqués aux étapes 1, 2 et 3 sont notre recommandation opérationnelle ; seul le délai de l'étape 5 est légal.
La date qui compte n'est pas celle de la réunion, c'est celle de la remise des informations
Séquence de consultation d'un projet d'IA. Repères en jours ouvrés autour de la réunion (J0).
Source des délais légaux : Légifrance, article R. 2312-6 du Code du travail et article L. 2312-8. Les repères J−30, J−20 et J−14 sont une recommandation 8 Academy, non une exigence légale.
Un point de vigilance sur l'étape 3 : le délai de communication de l'ordre du jour aux membres diffère selon que vous avez un CSE d'entreprise ou un CSE central, et votre accord de dialogue social ou le règlement intérieur du comité peut le préciser. Vérifiez-le dans vos documents plutôt que de reprendre un chiffre lu ailleurs.
Deux erreurs reviennent systématiquement, et elles sont exactement celles que les décisions ont sanctionnées. La première : ouvrir les accès « pour tester » pendant que la consultation est en cours. C'est le fait qui a fondé la suspension à Nanterre en février 2025. La seconde : consulter sur un projet déjà arbitré et non modifiable. Formellement vous êtes en règle, mais le comité le sait, il le dira, et vous aurez dépensé un mois pour dégrader le climat. On retrouve là un travers plus général, que nous décrivons dans les erreurs de déploiement les plus coûteuses en PME.
Ce qu'il faut mettre dans la note d'information
C'est le livrable central, et celui que personne ne publie. Trois pages suffisent. Le principe : le comité doit pouvoir se prononcer sans avoir à deviner ce que vous ne dites pas.
NOTE D'INFORMATION AU COMITÉ SOCIAL ET ÉCONOMIQUE Objet : projet d'introduction d'outils d'intelligence artificielle Consultation au titre de l'article L. 2312-8, 4° du Code du travail Remise le [date] — réunion du [date] — [nom de l'entreprise] 1. OBJET DU PROJET Nous envisageons de mettre à disposition [outil(s), éditeur, plan souscrit] auprès de [nombre] salariés des services suivants : [liste des services]. Date de déploiement envisagée : [date, après la clôture de la présente consultation]. 2. POURQUOI CE PROJET Les tâches visées : [3 à 5 tâches précises, par exemple : rédaction de premiers jets de comptes rendus, reformulation de réponses clients, préparation de trames de devis]. Le résultat attendu : [gain de temps estimé, sur quelles tâches]. Ce que nous ne cherchons pas : [le dire explicitement, par exemple : aucune suppression de poste n'est envisagée à ce titre]. 3. PÉRIMÈTRE ET LIMITES D'USAGE Usages autorisés : [liste]. Usages interdits : [liste — notamment : aucune décision concernant une personne prise à partir d'une sortie de l'outil ; aucun envoi externe sans relecture humaine]. Données concernées : [catégories de données qui entreront dans l'outil, et celles qui en sont exclues]. 4. IMPACT SUR LES CONDITIONS DE TRAVAIL ET SUR LES POSTES Postes concernés et évolution attendue des tâches : [tableau]. Aucun outil de mesure individuelle de la productivité n'est mis en place à ce titre / si un suivi existe, en décrire la nature exacte. Charge de travail : effets attendus, et modalités de suivi. 5. PROTECTION DES DONNÉES Rôle de l'éditeur (sous-traitant), accord de traitement des données signé le [date], durée de conservation retenue : [durée]. Réutilisation des contenus pour l'entraînement des modèles : [état vérifié, avec la date de la vérification]. 6. FORMATION ET ACCOMPAGNEMENT Actions prévues : [nature, durée, public, calendrier]. Cette formation répond également à l'obligation de maîtrise de l'IA prévue par le règlement européen (UE) 2024/1689. Référent interne désigné : [nom, fonction, périmètre]. 6 bis. INFORMATION AU TITRE DU RÈGLEMENT EUROPÉEN (si haut risque) Si l'un des systèmes relève de l'annexe III du règlement (UE) 2024/1689 : la présente note vaut également information des représentants des travailleurs et des travailleurs concernés au titre de l'article 26, paragraphe 7, du règlement. Système concerné : [nom] — finalité : [finalité relevant de l'annexe III]. 7. GOUVERNANCE ET RÉVERSIBILITÉ Politique interne d'usage de l'IA annexée à la présente note. Bilan prévu à [échéance], présenté au comité. Conditions d'arrêt du dispositif si les résultats ne sont pas au rendez-vous : [les décrire]. ANNEXES A. Politique interne d'usage de l'IA. B. Liste des usages autorisés et interdits, par service. C. Calendrier de formation.
La rubrique 6 est celle qui change le climat de la réunion. Elle transforme un projet d'outil en projet de compétence, et c'est précisément ce qu'un comité attend d'entendre. Elle vous est de surcroît utile ailleurs : cette même formation répond à une obligation européenne applicable depuis février 2025, dont nous détaillons le contenu réel dans ce que l'AI Act exige en matière de formation à l'IA, et dont le calendrier n'a pas été affecté par les reports de 2026 — voir le vrai calendrier de l'AI Act après le Digital Omnibus.
Pour l'annexe A, inutile de partir d'une page blanche : une politique d'usage de l'IA d'une page suffit, et le paramétrage technique qui la rend crédible est décrit dans les 12 réglages à faire dans vos comptes avant d'ouvrir l'IA à vos équipes. Pour la rubrique 6, le référent IA interne est le nom à écrire dans la case.
Et voici le projet d'ordre du jour à proposer au secrétaire.
Point [n] — Information et consultation sur le projet d'introduction d'outils d'intelligence artificielle (article L. 2312-8, 4° du Code du travail) a) Présentation du projet par la direction (20 min) Outils, périmètre, tâches visées, calendrier. b) Impact sur les postes et les conditions de travail (20 min) Tableau poste par poste, charge de travail, ce qui ne change pas. c) Données personnelles et cadre d'usage (10 min) Sous-traitance, conservation, usages interdits. d) Plan de formation et référent interne (15 min) e) Questions du comité et réponses de la direction (30 min) f) Modalités et calendrier de l'avis (10 min) Date à laquelle l'avis est attendu ; possibilité d'expertise. Documents remis à l'appui : note d'information du [date], politique interne d'usage de l'IA, calendrier de formation.
Moins de 11, de 11 à 49, 50 et plus : ce qui change
Le seuil de mise en place du comité figure à l'article L. 2311-2 : « un comité social et économique est mis en place dans les entreprises d'au moins onze salariés », et « sa mise en place n'est obligatoire que si l'effectif d'au moins onze salariés est atteint pendant douze mois consécutifs ». Le second seuil, celui de cinquante salariés, ouvre les attributions élargies — c'est le IV du même article L. 2312-8 qui le prévoit.
| Effectif | Ce que vous devez faire avant un déploiement d'IA | Ce que nous recommandons quand même |
|---|---|---|
| Moins de 11 salariés | Aucune obligation de consultation : pas de CSE. Les obligations d'information des travailleurs prévues par le règlement européen restent applicables | Une réunion d'équipe et une note d'une page. Le risque n'est pas juridique ici, il est d'adoption |
| 11 à 49 salariés | Information et consultation du CSE sur l'introduction de nouvelles technologies au titre de l'article L. 2312-8. Le délai d'un mois s'applique | La même note d'information en trois pages. À cet effectif, la consultation prend une réunion et se passe bien si le projet est cadré |
| 50 salariés et plus | Attributions élargies : consultation ponctuelle sur le projet, et prise en compte du sujet dans les consultations récurrentes de l'article L. 2312-17, dont les orientations stratégiques | Anticiper la possibilité d'une expertise, donc prévoir deux mois. Et traiter le sujet en amont dans la consultation annuelle, sans croire que cela dispense de la consultation ponctuelle |
| Plusieurs établissements | Répartition entre CSE central et CSE d'établissement selon le niveau de la décision. Un projet décidé au siège relève du CSE central | Prévoir trois mois si une expertise intervient à ce niveau. C'est le motif de suspension retenu en janvier 2026 |
Établi le 27 juillet 2026 sur les articles L. 2311-2, L. 2312-8, L. 2312-17, L. 2312-24 et R. 2312-6 du Code du travail. La colonne de droite est une recommandation opérationnelle 8 Academy, pas une obligation légale.
Un signal à surveiller pour la suite : un rapport d'information de l'Assemblée nationale de septembre 2025 sur les effets de l'IA sur l'activité économique préconiserait d'expliciter dans la loi l'obligation d'engager l'information-consultation dès l'engagement des projets reposant sur l'IA. Nous n'avons pas pu lire le texte exact de cette recommandation dans le rapport lui-même, seulement des comptes rendus : nous la signalons donc comme une tendance, pas comme un état du droit.
Faire du CSE un allié plutôt qu'un obstacle
Voici l'argument qui change tout, et il n'est pas juridique. Un comité s'oppose à un projet d'IA pour une raison presque toujours identique : il craint que l'outil serve à faire le travail des gens plutôt qu'à les aider à le faire. Cette crainte n'est pas irrationnelle, et elle ne se dissipe pas avec des assurances verbales.
Ce qui la dissipe, c'est un plan de formation daté, nominatif, avec des livrables. Un dirigeant qui arrive en réunion avec « nous ouvrons l'outil et nous verrons » obtient de la méfiance. Un dirigeant qui arrive avec « voici les trois ateliers, voici qui y participe, voici ce que chaque service en ressortira, et voici le bilan que nous vous présenterons dans six mois » obtient une discussion. C'est le même mécanisme que celui décrit dans notre méthode pour embarquer une équipe réticente, appliqué à une instance.
Trois gestes concrets, à intégrer dans votre séquence.
- Proposer une session de découverte aux élus, avant la consultation formelle. Deux heures, sans enjeu, pour qu'ils manipulent l'outil. Un élu qui a essayé pose des questions précises au lieu de questions de principe.
- Écrire noir sur blanc les usages interdits. Rien ne rassure autant qu'une liste d'interdits, en particulier l'interdiction d'utiliser l'outil pour évaluer les personnes — ce qui recoupe d'ailleurs le cadre des entretiens annuels préparés avec l'IA et du recrutement assisté, où l'IA prépare et un humain décide.
- S'engager sur un bilan à date, devant le comité. Deux indicateurs suffisent : qui utilise l'outil, et sur quelles tâches le temps a réellement bougé. Vous les trouverez dans notre méthode de mesure du retour sur investissement de l'IA et dans le tableau de bord du dirigeant.
Dernier point, celui qui fait la différence entre une consultation qui passe et une consultation qui coince. Le plan de formation que vous présentez doit être réel. Une formation d'une demi-journée pour tout le monde ne trompe personne, et nous avons documenté pourquoi elle ne laisse aucune trace dans l'anatomie d'une formation qui retombe. Un plan par métier, avec des livrables concrets, tient devant un comité comme devant un dirigeant : c'est ce que nous construisons dans le parcours ressources humaines et dans le parcours direction. Pour le cadre général du sujet, notre guide de l'IA en PME et notre dossier IA et ressources humaines donnent le contexte, la question du financement est traitée dans comment financer une formation IA, et le test de maturité IA vous situe en dix minutes. Le socle de conformité, lui, se trouve dans notre guide de l'IA et du RGPD. Si vous préférez qu'on le construise avec vous, c'est l'objet de la formation IA des équipes de PME.
À retenir
L'introduction d'outils d'IA relève de l'information-consultation du CSE au titre de l'article L. 2312-8, 4° du Code du travail. Le risque n'est pas une amende : depuis février 2025, plusieurs juridictions françaises ont ordonné la suspension de déploiements sous astreinte, y compris en appel. Le critère retenu est bas — il suffit que la mise en œuvre soit susceptible d'avoir un impact sur la situation des travailleurs — mais il n'est pas automatique : la Cour de cassation a rejeté une expertise en 2018 pour impact mineur, et un juge a refusé en 2025 d'imposer une nouvelle consultation sur l'évolution d'un outil déjà consulté. Le délai à prévoir est d'un mois après la remise des informations écrites, deux avec expertise, trois avec CSE central et établissements. Et un avis défavorable n'empêche pas de déployer : seule l'absence de consultation le fait. À cela s'ajoute, sur les seuls systèmes qualifiés à haut risque et à compter du 2 décembre 2027, une obligation européenne distincte d'information préalable des travailleurs et de leurs représentants, au paragraphe 7 de l'article 26 du règlement (UE) 2024/1689 : sur un projet d'IA de recrutement, les deux obligations tombent sur le même projet, au même moment.
Quel est le rôle du CSE dans la consultation sur l'intelligence artificielle ?+
Quelles sont les obligations de l'employeur concernant le CSE ?+
Quelles sont les trois consultations obligatoires du CSE ?+
Quelle est la liste des consultations obligatoires du CSE ?+
Sources
- Légifrance, article L. 2312-8 du Code du travail (version en vigueur depuis le 25 août 2021) — attributions générales du CSE et information-consultation sur l'introduction de nouvelles technologies, au 4° du II.
- Légifrance, article L. 2312-24 du Code du travail — consultation sur les orientations stratégiques et leurs conséquences sur l'emploi et l'évolution des métiers.
- Légifrance, article R. 2312-6 du Code du travail — délais de consultation d'un, deux et trois mois, et avis réputé négatif à leur expiration.
- Légifrance, article L. 2311-2 du Code du travail — seuil de onze salariés et condition des douze mois consécutifs. Voir aussi l'article L. 2312-17 pour les trois consultations récurrentes.
- Article 26 du règlement (UE) 2024/1689, obligations incombant aux déployeurs, version française reproduite par l'AI Act Explorer (consulté le 27 juillet 2026) — paragraphe 7 cité au texte : information des représentants des travailleurs et des travailleurs concernés avant la mise en service d'un système à haut risque sur le lieu de travail. Voir aussi l'article 99 — le paragraphe 4 vise l'article 26 au point e), plafond de 15 M€ ou 3 % ; le paragraphe 6 retient pour les PME « le plus bas de ces deux montants ». EUR-Lex refusant la consultation automatisée, ces citations proviennent de la reproduction française de l'AI Act Explorer et doivent être vérifiées au Journal officiel avant tout usage contentieux.
- EUR-Lex, règlement (UE) 2026/1744 « Digital Omnibus on AI », JOUE du 24 juillet 2026, entré en vigueur le 27 juillet 2026 — reporte au 2 décembre 2027 l'application des obligations relatives aux systèmes à haut risque de l'annexe III, dont celle de l'article 26, paragraphe 7. Démonstration et sources officielles dans notre article consacré au calendrier.
- Miroir Social, « Implémentation de l'IA dans l'entreprise : une première décision du tribunal judiciaire » — tribunal judiciaire de Nanterre, ordonnance de référé du 14 février 2025, RG n° 24/01457 : trouble manifestement illicite, suspension sous astreinte de 1 000 euros par manquement.
- Lefebvre Dalloz, « Intelligence artificielle : attention à la consultation du CSE » — tribunal judiciaire de Créteil, 15 juillet 2025, RG n° 25/00851, Groupe Moniteur et Groupe Industrie Services Info.
- SNJ-CGT, compte rendu de la décision du tribunal judiciaire de Paris du 2 septembre 2025 (RG n° 25/53278), France Télévisions — citations du jugement, suspension de la plateforme d'IA générative sous astreinte, rejet de la demande relative à l'agent conversationnel RH. Le texte du jugement a été mis en ligne par des organisations syndicales et par un éditeur juridique ; nous n'avons pas pu l'ouvrir directement et citons donc les extraits repris par ces comptes rendus.
- Pappers Justice, cour d'appel de Paris, pôle 1 chambre 2, 21 mai 2026, n° 25/13232 — confirmation en appel de la suspension de l'usage des outils d'IA dans l'attente de la consultation. Décision non lue au texte intégral : deux liens vers des sources officielles cités par des cabinets se sont révélés inaccessibles, et un arrêt jumeau rendu le même jour est possible. À vérifier au texte avant de s'en prévaloir.
- Liaisons Sociales, « Le CSE doit être consulté avant de remplacer un outil RH par des logiciels utilisant l'IA » — tribunal judiciaire de Nanterre, 29 janvier 2026, n° 25/02856, suspension sous astreinte de 500 euros par jour.
- Légifrance, Cour de cassation, chambre sociale, 12 avril 2018, n° 16-27.866 — expertise CHSCT rejetée à propos du déploiement d'un système d'IA, conséquences sur les conditions de travail jugées mineures : le contre-exemple qui interdit de présenter la jurisprudence comme univoque.
- Assemblée nationale, rapport d'information n° 1862 du 24 septembre 2025 sur les effets de l'intelligence artificielle sur l'activité économique et la compétitivité des entreprises françaises, MMe Emmanuelle Hoffman et M. Antoine Golliot — existence, date et auteurs vérifiés sur le site de l'Assemblée. Nous n'avons pas pu lire dans le rapport lui-même le texte exact de la recommandation relative à la consultation du CSE : elle est rapportée ici d'après des comptes rendus, et signalée comme une tendance et non comme un état du droit.
